mercredi 15 juin 2011

Juin prédication donnée à La Ciotat le 19 Juin 2011

Prédication sur le texte Mathieu 23 versets 1 à 15 et 23 à 33

La charge contre les Pharisiens est terrible. Jésus se bat.
Ce n’est pas le doux pasteur des images Saint Sulpicienne, on retrouve là sa verve combattante inaugurée en Mat 10 34
« Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre, je ne suis pas venu apporter la paix mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle fille et sa belle mère, et l’homme aura pour ennemi les gens de sa maison ».
Les pharisiens sont pratiquement les gens de la maison de Jésus tant leurs convictions théologiques affichées sont proches des siennes.
D’ailleurs, quelques exégètes pensent que des membres de la famille de Jésus, en particulier son frère Jacques, appartenaient à leur parti.
Le texte du jour ne remet pas en cause la pertinence des thèses des Pharisiens, bien au contraire, puisque Jésus demande même aux auditeurs de faire et d’observer tout ce que les pharisiens leur demandent.
Par contre il convient de ne pas les prendre pour modèle car, ils disent mais ne font pas.
Ainsi le reproche fait aux pharisiens porte sur leur comportement.
Comportements d’hypocrites plaidant la pureté mais recherchant par ailleurs la reconnaissance sociale, les avantages et les honneurs.
Ils laissent de côté ce qui est le plus important dans la loi : la justice, la compassion et la foi.
Comment ne pas penser au texte d’Esaïe 59 versets 9 à 16
«C'est pourquoi l'équité reste loin de nous, la justice ne nous atteint pas ; nous espérions la lumière, et ce sont les ténèbres— la clarté, et nous marchons dans l'obscurité.
Nous tâtonnons comme des aveugles le long d'un mur, nous tâtonnons comme des gens sans yeux ; nous trébuchons à midi comme au crépuscule, au milieu de l'abondance nous sommes comme les morts.
Nous grognons tous comme des ours, nous gémissons comme des colombes ; nous espérions l'équité, mais rien ! — le salut, mais il est loin de nous !
Car nos transgressions sont nombreuses devant toi, et nos péchés témoignent contre nous ; nos transgressions sont avec nous, et nous connaissons nos fautes :
révoltes et trahisons envers le SEIGNEUR, reculs loin de notre Dieu ; paroles de violence et de subversion, paroles mensongères conçues et méditées dans le cœur, de sorte que l'équité recule, que la justice se tient éloignée ; la loyauté trébuche sur la place publique, la droiture ne peut accéder.
La loyauté a disparu, et celui qui s'éloigne du mal est une proie».
La colère de Jésus est celle du dépit, de l’espérance déçue, c’est le cri de la proie acculée s’éloignant du mal et, de ce fait, incapable de se défendre avec les armes habituelles du monde.
La colère de Jésus est nourrie par le constat suivant : les Juifs ont tendance à multiplier et sacraliser des rites compliqués et à considérer leur pratique comme prioritaire.
Ils sont en quelque sorte victimes d’une addiction !
Mais qui sont ces pharisiens ?
Les pharisiens successeurs des partisans d’Esdras et Néhémie 400 ans avant JC agirent, en tant que parti, pour maintenir la religion d’Israël intacte en dépit des tentatives réitérées des occupants Grecs puis Romains pour l’abolir ou la modifier.
Nombre de pharisiens furent, de ce fait, martyrisés notamment sous le règne d’Antiochus 4 (-150 AJC). Ce parti est, en quelque sorte, un parti puritain décidé à maintenir la stricte observation de la loi.
Le parti n’hésita pas à organiser une résistance armée du peuple juif, durant 6 ans, sous le roi grec Alexandre Jannée qui en 88 AJC fit crucifier 800 d’entre eux.
Comme le relate l’historien juif Josephe, « la puissance des pharisiens sur la foule est telle qu’ils se font écouter même lorsqu’ils parlent contre le roi ou le grand prêtre » (Antiquités 13 10 verset 5).
Dans leur zèle les Pharisiens ne se contentent pas d’interpréter la loi avec exactitude, mais l’interprétation que leurs ancêtres donnèrent de l’AT devient elle-même loi pou eux.
Progressivement ils élaborent le Talmud qui réglemente la vie pratique des juifs dans ses moindres détails.
Le peuple Juif respectait les Pharisiens car ils constituaient le ciment spirituel du peuple et élaboraient les normes sacrées de la vie journalière.
De même les autorités les toléraient car les pharisiens, du temps de Jésus, ne faisaient pas de politique et se concentraient sur le domaine religieux.
C’est pourquoi après 70, date de la destruction du temple de Jérusalem, seuls les pharisiens furent en mesure de maintenir la religion juive.
Les juifs appréciaient la proximité de la religion populaire véhiculée par les Pharisiens, en prise directe avec leurs préoccupations quotidiennes.
Ils n’étaient ainsi pas réceptifs aux dérives dénoncée par Jésus en Marc 7 6 à 13
« Jésus leur dit : Esaïe a bien parlé en prophète sur vous, hypocrites, comme il est écrit :
Ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est très éloigné de moi ; c'est en vain qu'ils me rendent un culte, eux qui enseignent comme doctrines des commandements humains.
Vous abandonnez le commandement de Dieu, et vous vous attachez à la tradition des humains. Jésus leur disait : Vous rejetez bel et bien le commandement de Dieu pour établir votre tradition ».
A force d’attacher plus d’importance aux rites ostentatoires imaginés par les prêtres qu’à la pratique de la charité, Israël prenait garde à purifier l’extérieur de la coupe oubliant de nettoyer l’intérieur pollué par la rapacité et l’excès.
C’est pourquoi Jésus opposait le terme « Heureux » utilisé 9 fois dans le sermon sur la montagne à l’expression « malheur pour vous » appliquée 7 fois aux Pharisiens.
Les hommes heureux sont les généreux, les doux, les affamés de justice, les compatissants, les cœurs purs, toutes caractéristiques antithétiques avec celles qualifiant les Pharisiens.
Malheur à vous hypocrites manipulateurs, bonheur aux purs recherchant DIEU sans relâche et sans à priori.
Ainsi Jésus en fustigeant les Pharisiens s’attaquait à un parti respecté par le peuple qui voyait en lui le parti de la résistance Juive à toute assimilation et perte d’identité.
Les pharisiens avaient leurs martyrs ainsi, pour les juifs, honorer la mémoire de tels hérauts allait de soi.
De façon tout à fait comparable, après la seconde guerre mondiale nul ne remettait en cause les partis issus de la résistance intérieure.
A vue humaine, l’entreprise de Jésus était vouée à l’échec.
Dans les conditions angoissantes de l’occupation Romaine, il était impossible de changer l’opinion du peuple sur le parti des Pharisiens, âme de la résistance religieuse Juive.
La démarche de Jésus se solda d’ailleurs par un échec total, incompréhensiblement transformé en victoire par une effusion spirituelle providentielle.

Si le chemin suivi par les Pharisiens n’est pas le bon, alors c’est celui suivi par Jésus qui est le modèle de nos chemins de vie chrétiens.
Toutefois il en est deux! C’est ce que nous apprend le théologien André Gounelle dans son livre « le dynamisme créateur de Dieu ».
Soit on considère que les évangiles constituent un enseignement révélé, soit l’incarnation de Jésus et ses comportements nous servent de modèle pour trouver l’énergie nécessaire à l’accomplissement du plan de Dieu.
Si l’enseignement est privilégié, ce sont les paroles et les actions significatives de Jésus qui vont servir de références.
Dans cette optique ces paroles et ces actions constituent un savoir.
Par elles nous apprenons qui est Dieu et nous découvrons le secret du monde et de la vie.
Le croyant s’efforce de recevoir et de transmettre sans transformations leur signification.
Les fidèles doivent conformer leurs croyances et leurs idées aux discours de Jésus et régler leurs conduites d’après ses préceptes.
Pour l’église, se réformer signifie revenir au modèle néotestamentaire et non s’adapter à des situations nouvelles.
La fidélité consiste à maintenir, en les modifiant le moins possible, des doctrines et des principes.
Quand on se réfère ainsi à Jésus on est conduit, à un christianisme conservateur et statique, qui se fige dans ses dogmes et dans ses rites et qui se refuse à toute nouveauté ; autrement dit cette conduite génère paradoxalement un christianisme qui se ferme à Christ.
Car l’onction de Dieu instituant son Christ confère à celui ci la puissance divine de transformation créatrice. Or si le temps de l’histoire religieuse s’est arrêtée un jour de Pâques de l’an 33 rien ne peut plus ensuite être transformé ni créé !
On s’appuie alors sur Jésus sur ses paroles et ses actes pour rejeter le Christ une nouvelle fois comme, pour les mêmes raisons, l’ont fait une première fois, il y a 2000 ans les Pharisiens.
Les chrétiens adeptes de cette voie devraient méditer l’appel de Jésus « changez radicalement et croyez à la bonne nouvelle » (Marc 1 15).
Le second chemin de vie est défendu par les théologiens Américains du Process.
Ils considèrent que notre référence doit être dominée par la notion d’événement.
Les paroles et les actions de Jésus ont eu et ont toujours pour effet de changer les situations existantes.
Elles ont fait et font encore bouger les choses.
Elles ont mis en route un processus qui, 20 siècles après, n’est pas parvenu à son terme.
Elles ont opéré et continuent d’opérer des transformations créatrices.
Là réside principalement la valeur des paroles et actions de Jésus.
Au fond Jésus n’apporte pas grand-chose à ses auditeurs sur le royaume de Dieu qui constitue cependant le thème central de ses prédications.
La spécificité de Jésus vient de ce qu’il mobilise ses adeptes pour construire ce Royaume ; il est, par son verbe, la puissance qui oriente et dynamise leur existence ; il leur ouvre un espace à parcourir et un avenir vers lequel se diriger.
L’évangile n’enseigne pas ; il interpelle, bouscule et dérange.
On le dénature quand on en tire des règles à respecter et des doctrines à croire.
Il est une force et un courant qui nous emporte toujours plus loin, qui nous empêche de nous installer et de nous reposer.
Jésus est le Christ dans la mesure où il nous arrache à nos habitudes, nous fait sortir de nos systèmes, même néotestamentaires, et casse nos cadres pour nous ouvrir à des perspectives nouvelles et nous pousser à aller de l’avant.
La vie chrétienne invente et s’invente sans cesse, entrainée par la puissance divine de transformation créatrice, participant à ce grand mouvement qui trouve son origine en Jésus le Christ.
L’évangile ne doit pas être considéré comme la balise qui indique un point fixe et sert de repère au navigateur, mais plutôt comme le moteur qui permet à son bateau de se déplacer.
Il ne faut pas voir en Jésus un maître qui aurait, un temps, délivré un enseignement définitif et immuable que ses disciples n’auraient plus qu’à assimiler et à apprendre par cœur.
Il est plutôt comparable à un guide de montagne qui indique les routes nouvelles et incite à les prendre pour grimper plus haut.
Par essence le christianisme est changement, mouvement.
Il ne rejette pas l’héritage, mais il l’intègre dans son élan vers l’avenir.
En acceptant des transformations créatrices, en y travaillant nous ne trahissons pas, ni n’abandonnons Jésus.
Le message délivré par Jésus aux Pharisiens est clair à cet égard, il s’efforce de provoquer un choc libérant le croyant des contraintes imposées par les pouvoirs, religieux en particulier, pour qu’il puisse s’investir dans l’élaboration du projet de Dieu.
Jésus est le Christ parce qu’il incarne la puissance transformatrice du verbe, le dynamisme créateur de Dieu qui nous appelle à devenir de nouvelles créatures et qui suscite l’élaboration aujourd’hui et demain d’une création améliorée.
Création à laquelle nous sommes associés car il a besoin de nous pour cet ouvrage.
Frères et sœurs, la colère de Jésus vis-à-vis de Pharisiens, dont il se sent très proche, devrait être la notre quand nos églises trahissent en cassant l’élan des plus dynamiques ou en se laissant attirer par le paraître en oubliant leur vocation missionnaire.
Jésus est un doux certes, mais il est porté par une volonté farouche de changer les choses, sa colère le porte à renverser les tables des marchands du temple introduisant la cupidité et la vanité jusque dans le sanctuaire.
Il nous demande de changer notre regard et nos priorités, briser notre orgueil, canaliser notre envie d’être considéré, méditer sur le cours de nos vies pour en chasser tout le côté mondain et superficiel, réfléchir à ce que signifie aimer son prochain, comprendre que nous sommes cocréateurs du monde avec Dieu.
Jésus n’a pas vaincu à dimension humaine dans le monde où nous évoluons, mais il est victorieux par sa présence active au cœur des hommes.
Il les appelle à continuer son ouvrage dont il a établi les fondations.
Il nous confie le soin d’élaborer avec son aide ce qu’il appelle le royaume.

samedi 30 avril 2011

prédication du 1 Mai 2011 à Aubagne

Prédication sur le texte Jean 20 versets 19 à 31

Frères et sœurs ce texte relate la fondation de l’église du Christ et la conclusion de la nouvelle alliance de Dieu avec les hommes.
Il nous autorise à nier la critique à la mode selon laquelle Jésus n’aurait pas fondé l’église.
L’église selon les tenants de cette thèse serait une pure construction de l’imagination humaine.
Et bien toutes ces fausses affirmations sont balayées, notamment par ce texte de Jean dont on retrouve des équivalents dans les autres évangiles. Je vais vous les citer.
Dans Mathieu 28 16 à 20
« Les onze disciples allèrent en Galilée sur la montagne que Jésus avait désigné. Quand ils le virent ils se prosternèrent, mais quelques uns eurent des doutes ; Jésus s’approcha et leur dit ; « toute autorité m’a été donnée dans le ciel et sur la terre. Allez et faites des gens de toutes les nations des disciples, baptisez les pour le nom du père, du fils et de l’esprit saint et enseignez leur à garder tout ce que je vous ai commandé. Quant à moi je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde »
Dans Luc 24 36 à 49
Il se présenta au milieu d’eux et leur dit
« Que la paix soit avec vous ! Saisis de frayeur et de crainte, ils pensaient voir un esprit, mais il leur dit : pourquoi êtes vous troublés ? Pourquoi des doutes vous viennent t’ils ? Regardez mes mains et mes pieds, c’est bien moi ; palpez moi et regardez ; un esprit n’a ni chair ni os comme vous voyez que j’en ai. Et en disant cela il leur montra ses mains et ses pieds. Comme dans leur joie, ils ne croyaient pas encore et qu’ils s’étonnaient, il leur dit : avez-vous quelque chose à manger ? Ils lui donnèrent un morceau de poisson grillé. Il le prit et le mangea devant eux. Alors il leur ouvrit l’intelligence pour comprendre les écritures. …Moi j’envoie sur vous ce que mon père a promis ; vous restez dans la ville, jusqu’à ce que vous soyez revêtus de la puissance d’en haut ».
Puis dans Marc chapitre 16 versets 14 à 18, mais dans le cadre d’un ajout postérieur à la version primitive de l’évangile:
« Enfin il se manifesta aux onze, pendant qu’ils étaient à table, et il leur reprocha sévèrement leur manque de foi et leur obstination parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient vu après son réveil. Puis il leur dit : allez dans le monde entier et proclamez la bonne nouvelle à toute la création. Celui qui deviendra croyant et recevra le baptême sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné ».
Même si ces textes paraissent à première vue dissemblables, ils ont en commun de présenter des disciples regroupés, mais aussi des disciples tenaillés par le doute.
Ils ne sont vraiment persuadés d’avoir devant eux un Jésus palpable que lorsque Jésus leur montre sur son corps de chair les plaies de la crucifixion ou partage un repas avec eux.
Les disciples sont alors envoyés après effusion du saint esprit parmi tous les peuples pour baptiser et annoncer la bonne nouvelle.
Cette mission est confiée aux onze disciples qui ont eu l’exclusivité de voir Jésus ressuscités.
Cette exclusivité est confirmée dans les actes dans un discours de Pierre (Actes 10-36)
« Dieu a réveillé Jésus le troisième jour ; il lui a donné de se manifester, non à tout le peuple, mais aux témoins désignés d’avance par lui, à nous qui avons mangé et bu avec lui après qu’il s’est relevé d’entre les morts.»
Malgré les variations évidentes dans la présentation des événements, les témoins que sont les quatre évangélistes, sont en harmonie sur l’essentiel.
Christ est apparu relevé d’entre les morts aux disciples, il les a envoyés pour réaliser l’église dont il est la tête dans le cadre d’une alliance nouvelle où Dieu révèle son amour insondable pour l’humanité.
Abordons quelques éléments du texte de Jean.
Jésus en se manifestant devant ses disciples ne fait qu’accomplir ce qu’il leur avait annoncé la veille de sa mort en Jean 14 versets 18 à 20
« Je ne vous laisserai pas orphelins ; je viens à vous. Encore un peu, et le monde ne me verra plus ; mais vous, vous me verrez, parce que, moi je vis, et que vous aussi vous vivrez.».
Ainsi se réalise pour les disciples, ce Dimanche là, l’annonce « vous me verrez parce que moi je vis ».
Frères et sœurs cette promesse est aussi pour vous, vous verrez Jésus parce qu’il vit en vous.
Avez-vous noté que Jésus par trois fois prononce la phrase « que la paix soit avec vous » ?
C’est même par deux fois la première phrase qu’il prononce debout au milieu des disciples, quant à la troisième fois, le shalom hébreux introduit l’envoi des disciples et l’effusion du saint esprit.
Il m’a semblé intéressant de réfléchir sur cette salutation intentionnellement répétée.
Lorsque Jésus envoya, lors de la période faste de sa mission, ses disciples deux par deux pour annoncer que le règne de Dieu s’était approché, il dit (Mat 10 versets 12 et 13)
« En entrant dans la maison saluez là ; si la maison est digne que votre paix vienne sur elle, mais si elle n’est pas digne, que votre paix revienne vers vous. »
Voilà la clef de la compréhension du texte de Jean, c’est sa paix que l’on transmet, c'est-à-dire la relation avec notre Dieu qui construit notre vie. Quand Jésus prononce le shalom il indique à ses disciples qu’ils sont dignes que sa paix à lui vienne sur eux et ce gratuitement sans demander aux disciples et à l’humanité une performance particulière.
Tant mieux car cette petite troupe apeurée, a été bien peu valeureuse ces trois derniers jours.
Tous les disciples, à l’exception de Jean, ont laissé leur maître seul en agonie au milieu de femmes recroquevillées sur leur souffrance, ils ont nié, à l’exemple de Pierre, connaître ce Jésus prétendument roi des juifs.
Apprendre qu’ils sont, malgré leurs insuffisances, dignes d’accueillir Christ est une nouvelle formidable pour ces hommes de peu, harassés, tenaillés par la honte et sans la vitalité nécessaire pour entreprendre une quelconque action.
Mesurons nous vraiment l’importance de cette annonce ?
Le pardon de Dieu s’adresse à ces petits, si humains dans leurs défaillances, elle s’adresse à Thomas aussi avant qu’il ne se rende à l’évidence, il a devant lui son seigneur et son Dieu.
Ils ne sont plus orphelins, si Jésus est relevé eux sont aussi re suscités, leur vie reprend sens.
Un souffle nouveau leur redonne vie car comme dit en Colossiens 1 versets 19 et 20
« Il a plu à Dieu de faire habiter en Jésus toute plénitude et par lui de tout réconcilier avec lui-même, aussi bien ce qui est sur la terre que ce qui est dans les cieux, en faisant la paix par lui, par le sang de sa croix »
Cette paix, par lui, transmise aux disciples et à travers eux à toute l’humanité, a été tragiquement acquise.
Dieu insulté, méprisé, exécuté a fait surabonder la grâce.
Il ne lui est pas possible d’aller plus loin dans l’amour de l’humanité.
C’est pourquoi cette alliance entre Dieu et les hommes est l’ultime alliance.
Voilà ce que signifient les Shalom du Christ.
Nous pouvons comme Siméon tenant l’enfant Jésus dans ses bras (Luc 2 verset 29) dire « Maintenant maître, tu laisses ton esclave s’en aller en paix selon ta parole, car mes yeux ont vu ton salut, celui que tu as préparé devant tous les peuples, lumière pour la révélation aux nations et gloire de ton peuple Israël »
Cette paix annoncée n’est pas la paix entre les hommes mais la paix entre tous les hommes et leur Dieu.
Thomas est en paix avec son Dieu, même quand il doute, car le Shalom de Jésus précède sa prise de conscience, ainsi à son image nous sommes tous potentiellement en paix avec Dieu, sa bénédiction est sur nous.
Il nous reste à franchir un pas, celui de la foi « heureux ceux qui croient sans avoir vu ».
Avoir confiance, espérer comme ces disciples qui, malgré tout se serrent apeurés dans la salle haute. Ils n’ont pas fuit comme les pèlerins d’Emmaüs.
Ils croyaient assurément en l’impossible, tant Jésus les avait habitués à surmonter les obstacles par la foi qui renverse les montagnes.
La nouvelle alliance est celle du don, impensable dans le contexte de violence du temps de la passion, Dieu nous laisse sa paix, Dieu nous donne sa paix. Cette grâce est un don de Dieu (Eph 2 verset 8)
« C’est par la grâce que vous êtes sauvés au moyen de la foi. Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu ».
Alors le chant des anges à Noel prend tout son sens
« Gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre, paix parmi les humains en qui il prend plaisir »
Le texte de Jean spécifie : « Jésus souffla sur eux et leur dit recevez l’esprit saint ».
Comme dans la Genèse le souffle tournoyait au dessus des eaux. Dieu dit recevez l’esprit saint et il en fut ainsi.
Dieu est aujourd’hui à nouveau en paix avec les hommes, tout est accompli, un temps nouveau abolit les peurs de jadis et aussi l’image du Dieu vengeur de l’ancien testament, c’est ce que ce Shalom indique dans la bouche de Jésus.
Cette paix n’est pas celle des hommes et ne dépend pas d’eux écrit Paul en Ephésiens 2 4 à 7
« Dieu est riche en compassion et, à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions morts du fait de nos fautes, il nous a rendus vivants avec le Christ, c’est par grâce que vous êtes sauvés. Il nous a réveillés ensemble et fait asseoir ensemble dans les lieux célestes, en Jésus Christ, pour montrer ensemble dans les siècles à venir, la richesse surabondante de sa grâce par sa bonté envers nous en Jésus Christ ».
La nouvelle alliance de Dieu avec les hommes par Christ est dans le texte de Jean souligné par le laps de temps, 8 jours, entre les deux apparitions. Le 7 est le terme de la création dans la Genèse. Le septième jour, Dieu s’est reposé. Mais il reprend le huitième jour sa création et nous le fait savoir par Christ et cette fois la création n’aura pas de terme car ensemble dans les lieux célestes nous montrerons la richesse surabondante de la grâce de Dieu .
Frères et sœurs, les disciples réveillés, malgré leurs insuffisances éducatives, leurs doutes leur lâcheté, ont réussi, réconfortés et pardonnés par le shalom du maître, à instaurer une religion qui perdure depuis 2000 ans.
Nous n’avons pas à craindre d’annoncer la bonne nouvelle à notre tour, de saisir le relai transmis de génération en génération. Car comme aux disciples réunis la veille de sa mort, Jésus nous dit (Jean 16 33)
« Je vous ai parlé ainsi pour que vous ayez la paix en moi. Dans ce monde vous connaissez la détresse, mais courage ! Moi j’ai vaincu le monde »

lundi 7 mars 2011

Prédication donnée le 27 Février et le 3 Mars 2011 à Aubagne et la Ciotat

Prédication sur le texte : Luc 17 versets 20 et 21

Le texte de Luc est inclus dans une série de récits mettant en scène un Jésus qui parle en paraboles et édicte des sentences souvent abruptes voire provocantes.
Il est vrai que Jésus sur le chemin de Jérusalem n’a plus le loisir de s’exprimer avec modération.
Le temps presse, il lui faut présenter son enseignement avec netteté.
Au milieu d’un petit groupe composé de disciples, de curieux et de quelques pharisiens, probablement réunis, sur la place d’un village, Jésus se prête au jeu des questions.
Les témoins de cet échange n’ont noté qu’une intervention, celle des pharisiens.
Pourquoi ?
Les pharisiens sont peu nombreux, environ 6000, d’après l’historien juif du premier siècle Flavius Josephe.
Ils sont très populaires auprès du peuple, même si celui-ci craint leurs exigences et leur brutalité, ce sont des gens instruits, souvent de la classe des scribes, ils forment un parti hostile à l’oppresseur Romain et aux sadducéens détenteurs du pouvoir religieux Juif.
Persuadés d’être dans la bonne voie, ils ne se contentent pas, comme le rapporte Flavius Josephe, d’interpréter les lois avec exactitude, mais ils imposent au peuple l’exécution de beaucoup de règles provenant de la tradition des pères et non écrites dans la législation livrée par Moïse.
Ils ont élaboré un code d’obligations qui au second siècle deviendra le talmud
Ce sont ces hommes qui portent l’espérance messianique, si intense en ce temps là, et fondée sur les écrits de Daniel (Daniel 7 13 et 14) et d’autres livres tels les psaumes de Salomon écrits vers l’an -40 par des Esséniens dont je cite le chapitre 17 verset 23.
« Seigneur suscites.. leur pour roi un fils de David….. ceins le de force pour qu’il écrase le dominateur inique, leur roi sera le messie. Il conquerra le monde sans recourir aux armes, par la seule parole de sa bouche. Jérusalem libérée et vengée sera alors habitée par les juifs justes appelés « fils de Dieu ».
Dans ce contexte, toute controverse sur le royaume messianique passionne des auditeurs aspirant, pour leur grande majorité, à un nouveau royaume Juif en Israël.
Seule une intervention de Dieu visant à introniser un messie, autorise l’espérance de la restauration du royaume Juif.
C’est pourquoi, les propos de Jésus, en réponse à la question des Pharisiens, ont été mémorisés par les témoins et retranscris d’abord au sein du recueil, dénommé source Quelle, aujourd’hui perdu, puis dans l’évangile de Luc.
Les pharisiens demandent « quand viendra le royaume de Dieu ? ».
Jésus leur répond d’abord qu’il ne sera pas observable, qu’ensuite il ne sera pas localisable puisque le royaume est en eux ou selon d’autres traductions au milieu d’eux. Nous reviendrons plus longuement sur la valeur comparée de ces deux traductions.
Les pharisiens et les témoins peuvent être atterrés.
L’intervention quasi magique de Dieu, prophétisée par Daniel, n’est pas retenue par Jésus.
Pour lui le royaume est déjà en place alors que rien de bien palpable n’est encore advenu.
L’ennemi Romain est encore là, les juifs sont toujours divisés et Jésus, aux yeux du plus grand nombre est un Galiléen bien trop insignifiant pour prétendre être le messie du prophète Daniel présenté comme une entité surpuissante « il lui fut donné la domination, l’honneur et la royauté ; tous les peuples, les nations et les langues se mirent à le servir ».
Le discours de Jésus est ainsi inaudible pour un auditoire juif.
Le manque de pédagogie de Jésus n’est qu’apparent, à mon sens, car les pharisiens ne sont jamais épargnés par Jésus qui les traite très sévèrement comme en Luc 11 verset 37 à 41
« Vous les Pharisiens vous purifiez le dehors de la coupe et du plat et à l’intérieur vous êtes pleins de rapacité et de méchanceté. Gens déraisonnables ! Celui qui a fait le dehors n’a-t-il pas fait aussi le dedans ? Quel malheur pour vous les Pharisiens ! »
Ainsi, ménager des Pharisiens, à priori hostiles, n’a guère d’importance.
Jésus a déjà largement entamé la polémique.
On peut, d’ailleurs, porter au bénéfice des Pharisiens leur pugnacité dans les discussions avec Jésus.
Ces hommes rigoureux ne sont d’ailleurs pas forcément imperméables aux discours de Jésus, Nicodème ne viendra t’il pas le voir de nuit pour mieux comprendre son message?
En fait, Jésus dans son discours vise les Pharisiens certes, mais surtout les disciples et plus largement l’humanité.
Il est difficile d’accepter que le royaume ne soit pas situé de manière palpable dans notre monde mais soit en nous sous forme purement spirituelle.
Cette annonce trouvera progressivement sa vraie signification en chaque humain durant la montée de Jésus vers Jérusalem, et surtout après sa résurrection.
Stockées dans les mémoires, des paroles aussi étranges prendront une signification.
Comme l’écrit Jean 14 26 « L’esprit saint vous rappellera tout ce que, moi, je vous ai dit ».
C’est ce qui s’est produit pour deux pèlerins sur le chemin d’Emmaüs et pour les onze disciples lors de la première apparition de Jésus au milieu d’eux après sa mort.
Luc dans les deux cas signale que leur intelligence fut ouverte pour comprendre le sens les écritures
Revenons sur la phrase dont deux versions se partagent les faveurs des traducteurs, à savoir : première version « en effet le royaume de Dieu est en vous » et seconde version « en effet le royaume de Dieu est parmi vous ».
Les traducteurs proches du texte choisissent « le royaume est en vous », tel est le cas de Chouraki.
En effet, le terme grec antos signifie principalement à l’intérieur.
Jamais les évangélistes ne choisissent ce mot pour signifier au milieu, ils utilisent le terme en mesô.
La préposition entos ne se retrouve dans le nouveau testament qu’en Mathieu 23 verset 26 pour désigner l’intérieur d’une coupe.
Quant à la nouvelle bible Segond elle choisit de traduire antos par, parmi vous, mais indique dans les notes, je cite
« au milieu de vous, traduction incertaine, ce n’est pas la formule habituellement traduite par au milieu de. L’interprétation classique est au-dedans de vous, mais le contexte ne semble pas la recommander. Le même terme désigne cependant l’intérieur en Mathieu … suit une citation de l’évangile de Thomas qui se termine par « Ses disciples lui demandèrent, quand le royaume de Dieu viendra t’il ? Jésus répondit « il ne viendra pas parce qu’on l’attend; on ne dira pas « voici qu’il est ici ou voici qu’il est là. Plutôt, le royaume du Père est répandu sur la terre et les hommes ne le voient pas »
Ainsi les traducteurs de la bible Segond révisée n’adoptent pas la traduction normale « en vous » pour une question de contexte.
Tout simplement ils ont décidé de reproduire une erreur pour des raisons théologiques.
Permettez- moi de citer, avec, malice le verset du chapitre 8 du livre de Jérémie :
« Comment pouvez vous dire, nous sommes sages, la loi du Seigneur est avec nous ! C’est bien pour le mensonge que s’est mis à l’œuvre le stylet mensonger des scribes »
Qu’y a-t-il de si inquiétant pour certains théologiens de traduire en vous au lieu de parmi vous?
Pour beaucoup il est tout simplement impossible que Dieu puisse se trouver au sein même de chaque homme, et tout particulièrement dans celui des Pharisiens.
Et pourtant c’est un ancien pharisien que Dieu est allé recruter pour porter son message, Paul, qui écrit en Co 3 9 « vous êtes le champ de Dieu, la construction de Dieu ».
Jean pour sa part est encore plus clair en Jean 1 16
« Nous en effet de sa plénitude nous avons tous reçu grâce sur grâce ; car la loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ ».
C’est parce que Dieu nous habite que le royaume est potentiellement en nous, depuis Jésus, nous sommes prédestinés à rejoindre notre créateur car nous avons tous reçu grâce sur grâce.
Mais dans le combat que Dieu livre et auquel il nous associe nous devons jouer au mieux notre partition.
Jésus ne cesse de nous inviter à la conversion, ou à la renaissance.
Dans l’entretien avec le pharisien Nicodème il indique en Jean 7 et 8
« Il faut que vous naissiez de nouveau, d’en haut ».
Ainsi, lorsque les pharisiens enfermés dans une conception messianique temporelle et matérielle du royaume de Dieu, interrogent Jésus sur les signes de son avènement, celui-ci leur répond qu’ils se trompent sur le royaume de Dieu quand ils l’imaginent observable et localisé en un endroit précis.
Jésus leur apprend qu’il est invisible car situé au cœur de l’homme.
Y a-t-il meilleure liaison avec le contexte que cette réponse, invitant ses interlocuteurs à abandonner leur conception sensible et matérielle du royaume de Dieu au profit de la dimension intérieure et donc spirituelle ?
Car Jésus révélait en cet instant quelque chose d’essentiel : l’intérieur de l’homme, son cœur, son intimité secrète, est l’endroit où règne Dieu.
Jésus en affirmant la dimension verticale de l’intériorité, fait exploser toute notion de spatialité : le Royaume n’est ni ici ni là, ni au milieu, ni entre, ni parmi.
Toutefois, le royaume s’il est en germe en nous, se situe aussi partout dans la création, il s’agit pourrait-on dire d’une vibration animant la matière.
Le royaume en nous n’est pas localisé ici ou là dans le corps, mais est d’une nature immatérielle, c’est en quelque sorte une possibilité d’expérience et de découverte dépassant l’opposition entre le dedans et le dehors
L’évangile de Thomas le précise dans son logo 13
« Jésus a dit, si ceux qui vous guident vous disent : voici le royaume de Dieu est dans le ciel, alors les oiseaux du ciel vous devanceront ; s’ils vous disent qu’il est dans la mer alors les poissons vous devanceront. Mais le royaume il est le dedans et il est le dehors de vous »
L’homme contemporain est tendu vers le futur vers le dehors, or Dieu est avant tout perceptible en nous.
Nous sommes ainsi invités à l’exploration intérieure pour faire éclore en notre corps, temple de Dieu les prémices du royaume.
Royaume sans dimension matérielles mais royaume de l’échange où se mêlent mon moi, Dieu et Christ. C’est ce qu’a pressenti Maître Eckhart sage du 12me siècle
« Bien des personnes simples s’imaginent qu’elles doivent considérer Dieu comme étant là bas et elles ici. Il n’en est pas ainsi. Dieu et moi sommes un. Par la connaissance j’accueille Dieu en moi ; par l’amour je pénètre en Dieu »
La naissance nouvelle nous est proposée comme à Nicodème, elle est le fruit d’un travail sur soi même et d’une ascèse permettant de dégager les valeurs essentielles nécessaires à la conversion.
Une prière permanente nous met en harmonie avec la voix spirituelle intérieure désormais audible, nous livrant le moyen d’établir le royaume en nous.
Comme le traduit Chouraqui « Le royaume d’Elohim ne vient pas à vue d’œil.
Ils ne diront pas : voici, ici, ou là ! Oui, le royaume d’Elohim est en vous »

lundi 31 janvier 2011

Prédication donnée à Aubagne le 30 janvier 2011

Prédication sur le texte 1 Co 1 26 à 31

L’épitre aux Corinthiens a probablement été rédigée à Ephèse où se trouvait Paul entre les années 51 et 55.
Paul était fort attaché aux Corinthiens, qu’il avait évangélisés pendant un an et demi (actes 18 11) avec passion en dépit d’une opposition puissante du chef de la synagogue.
Et c’est avec tristesse qu’il accueillit les nouvelles de division au sein de l’Eglise de Corinthe, colportées jusqu’à lui par des voyageurs de la ville de Chloé.
Certains Corinthiens, par ailleurs lui avaient par lettres demandé conseil sur un certain nombre de questions faisant débat dans l’Eglise de Dieu.
La ville de Corinthe était cosmopolite, on y trouvait des grecs et une forte communauté de juifs formée de juifs romains exilés de Rome par l’empereur.
L’église de Dieu était ainsi hétérogène, les juifs et les grecs ayant des systèmes de pensée divergents.
Après le séjour de Paul à Corinthe, des évangélisateurs avaient poursuivis son action, notamment Pierre et Apollos. Apollos était un compagnon de Paul en plein accord avec lui.
Les fidèles à Corinthe s’étaient ultérieurement divisés en groupuscules se recommandant qui de Paul, qui de Pierre, qui d’Apollos.
Paul, bien sûr, ne pouvait rester inactif face à des divisions affaiblissant la crédibilité des chrétiens.
Il rédigea donc plusieurs lettres à l’attention des fidèles de Corinthe rassemblées dans ce que l’on a appelé la première épitre aux Corinthiens.
Une de ces missives est constituée par les quatre premiers chapitres de la première épitre adressée aux Corinthiens.
C’est un véritable cours de Christologie et un sommet de l’enseignement de Paul.
Cette lettre fut écrite avec une grande tendresse. Le texte de 1 Co 3 1 à 8 illustre ce propos
¶ Pour moi, frères, ce n’est pas comme à des hommes spirituels que j’ai pu vous parler, mais comme à des hommes charnels, comme à des enfants en Christ. Je vous ai donné du lait, non de la nourriture solide, car vous ne pouviez pas la supporter ; et vous ne le pouvez pas même à présent, parce que vous êtes encore charnels.
En effet, puisqu’il y a parmi vous de la jalousie et des disputes, n’êtes-vous pas charnels, et ne marchez-vous pas selon l’homme ?
Quand l’un dit : Moi, je suis de Paul ! Et un autre : Moi, d’Apollos ! N’êtes-vous pas des hommes ?
¶ Qu’est-ce donc qu’Apollos, et qu’est-ce que Paul ? Des serviteurs, par le moyen desquels vous avez cru, selon que le Seigneur l’a donné à chacun.
J’ai planté, Apollos a arrosé, mais Dieu a fait croître, en sorte que ce n’est pas celui qui plante qui est quelque chose, ni celui qui arrose, mais Dieu qui fait croître. »
Paul eut à faire à des Corinthiens solidement attachés aux valeurs du monde et il prêcha avec passion pour les transformer en hommes spirituels.
Les Corinthiens eurent l’instinct bien humain de se chercher des leaders, se réfugiant derrière leur évangéliste préféré du moment, Paul, Apollos ou Pierre, et cette référence les justifiait à leurs yeux et constituait leur fierté.
Un peu comme certains parmi nous affichent en bleu et blanc leur fierté d’être Marseillais
Ne savaient-ils donc pas, comme l’indique Paul en (1 Co 3 16 et 17), qu’ils étaient
« Le sanctuaire de Dieu et que l’esprit de Dieu habitait en eux ?
Si quelqu’un vient à détruire le temple de Dieu, Dieu le détruira, car le temple de Dieu est saint et ce temple c’est vous ».
La dimension de l’homme que Dieu a appelé, est potentiellement immense c’est ce que nous précise le texte du jour.
Dans notre assemblée, aujourd’hui, à ma connaissance, il n’y a pas de grands philosophes reconnus pour leur sagesse toute humaine, il n’y a pas de détenteurs de pouvoirs exceptionnels dans la cité, il n’y a pas de détenteurs de biens considérables liés à l’activité d’un clan familial implanté depuis longtemps dans la Région.
Il y a des humains divers, besogneux, dont le seul point commun est d’être réuni pour confesser leur foi en Christ.
C’est Christ l’objet de notre fierté et non nous même.
Dans le monde, les hommes s’enorgueillissent ; de leur naissance dans des familles ayant pignon sur rue, des richesses qu’ils ont acquise et qu’ils exposent, de leurs pouvoirs reconnus, de leur beauté, de leurs dons.
Ce n’est pas dans ce vivier d’hommes méritants, nobles, puissants, beaux que Dieu a fait son choix exclusif. L’assemblée d’aujourd’hui en témoigne.
D’ailleurs, comment Dieu a-t-il fait le choix si important, celui de son envoyé, le messie tant attendu par les juifs ?
Pensez vous qu’un chasseur de tête l’eut sélectionné comme Dieu le fit, dans une famille de Galilée et de ce fait méprisée par les juifs de Judée, dans le sein d’une femme non mariée et dont le géniteur est d’une telle pauvreté qu’il est incapable de trouver un lieu décent pour l’accouchement de Marie ?
Pensez vous qu’un Dieu, tels que les philosophes et prêtres les plus sages l’imaginaient à l’époque, pouvait se présenter comme un héros sans grade, battu, objet de dérision, rejeté et abandonné même par ses compagnons, et finalement piteusement pendu au bois, à l’image des deux larrons l’entourant au Golgotha ?
Et pourtant, tout comme Paul
« Nous prêchons un messie crucifié, scandale pour les juifs, folie pour les païens » (1 Co 1-23)
Dieu est fou selon les critères des hommes sages de ce monde.
Et c’est ce que Paul nous dit
« Ce qui est folie dans ce monde Dieu l’a choisi pour confondre les sages, ce qui est faible dans ce monde Dieu l’a choisi pour confondre ce qui est fort, ce qui dans le monde est vil et méprisé, ce qui n’est pas, Dieu l’a choisi pour réduire à rien ce qui est » (1 Co 1-27 et 28).
Bien sûr, ce qui est folie, ce qui est faible, ce qui est vil et méprisé c’est Jésus l’élu de Dieu !
Par un renversement incroyable, la sagesse spirituelle venant de Dieu est incarnée en Jésus qui est, selon Paul, justice, sanctification et délivrance.
Je vais tenter de définir ces trois termes choisis avec soin par Paul.
Que signifie la justification ?
La déclaration conjointe Luthéro Catholique sur la doctrine de la justification signée en 1999, qui met un point final à plus de 500 ans de conflits, fournit cette explication dans son 11me point
«La justification est accueil dans la communion avec Dieu, déjà maintenant, puis en plénitude dans le règne à venir. Elle unit au Christ dans le baptême en tant qu’incorporation dans l’unique corps.
Tout cela vient de Dieu seul, à cause du Christ, par la grâce, par le moyen de la foi en l’évangile du fils de Dieu. »
Ainsi la justification se définit comme le fait d’être rendu juste par grâce absolue de Dieu qui vient vers nous. Ainsi justifié nous sommes intégré au corps du Christ. Il s’agit d’un acte d’union à Christ célébré symboliquement lors de la cène.
Que signifie Jésus est sanctification ?
Dans les salutations de la première lettre aux Corinthiens, Paul adresse sa lettre à ceux qui ont été consacrés en Jésus Christ et qui sont saints par appel.
Ainsi vous que Jésus a été chercher, vous êtes de ce fait rendus saints et vous n’y êtes pour rien. C’est ce que Paul martèle en 1 Co 3- 16
« Ne savez vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’esprit de Dieu habite en vous ? Si quelqu’un détruit le temple de Dieu, Dieu le détruira ; car le temple de Dieu est saint, c’est là ce que vous êtes. »
Que signifie délivrance ?
Paul en Ro 6- 5à11 explicite clairement ce dont il s’agit
« Nous savons qu’en nous, l’homme ancien a été crucifié avec Jésus, pour que le corps du péché soit réduit à rien et que nous ne soyons plus esclaves du péché ; car celui qui est mort est justifié, il est quitte du péché…..Ainsi vous-mêmes, estimez vous morts pour le péché et vivants pour Dieu en Jésus Christ. »
L’homme nouveau en Christ est débarrassé de la malédiction qui faisait de lui un être enclin au mal par nature, conduit par ses passions instinctives.
Libéré de ses chaines, il entre de plein pied dans le corps de l’église dont la tête est Jésus, il dispose dorénavant d’un modèle et d’un guide pour le conduire et le transformer en être spirituel.
Ainsi notre fierté c’est d’être en Jésus Christ, justifié, sanctifié, délivré.
Nous sommes au service de Dieu.
Un Dieu impuissant selon la sagesse humaine puisqu’il ne garantit en rien contre les aléas du monde et les pires ignominies comme la shoah, mais puissant par son esprit incarné en Jésus.
Je vais vous lire une partie d’une lettre rédigée par une jeune juive, Etty Helsum qui en 1942, s’est volontairement porté au secours des siens au camp de transit de Westerbork. Transférée à Auschwitz elle y fut exécutée le 30 novembre 1943.
« J’essaierai de vous aider Dieu, à stopper le déclin de mes forces, bien que je ne puisse en répondre à l’avance. Mais une chose devient de plus en plus claire à mes yeux : à savoir que vous ne pouvez nous aider, que nous devons vous aider à nous aider.
Hélas il ne semble guère que vous puissiez agir vous-même sur les circonstances qui nous entourent, sur nos vies. Je ne vous tiens pas non plus pour responsable.
Vous ne pouvez nous aider, mais nous, nous devons vous aider, nous devons défendre votre lieu d’habitation en nous jusqu’à la fin »
Oui nous devons défendre le lieu d’habitation de Jésus en nous, notre espérance et notre fierté.
«Que dire de plus ? Si Dieu est pour nous qui sera contre nous ?
Lui qui n’a pas épargné son propre fils mais l’a livré pour nous tous, comment avec son fils ne nous donnerait il pas tout ?
Qui accusera les élus de Dieu, Dieu justifie !
Qui condamnera ? Jésus est mort, bien plus il est ressuscité ;
Qui nous séparera de l’amour du Christ ? La détresse, l’angoisse, la persécution, la faim, le dénuement, le danger, le glaive ?
Mais en tout cela, nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés.
Oui j’en ai l’assurance : ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les dominations, ni le présent, ni l’avenir, ni les puissances, ni les forces des hauteurs , ni celles des profondeurs, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ notre Seigneur » Ro 8 31à 39
Frères et sœurs, il y a dans ce Dieu qui vient vers nous et nous sauve, un grand mystère. C’est une folie pour la sagesse humaine.
Mais les sages de ce monde disposent-ils des éléments suffisants pour décréter absurde la sagesse de Dieu.
Sont-ils en mesure d’appréhender Dieu dont les dimensions dépassent très certainement notre possibilité d’entendement ?
L’impuissance de Dieu devant les massacres et horreurs de toutes sortes est patente et pourtant ce Dieu s’est manifesté à travers le Christ, créature insignifiante, humiliée, déchue.
La jeune juive a perçu, dans sa souffrance inouïe, la dimension du combat auquel Dieu nous demande de participer.
Pour surmonter le mal, il est nécessaire d’aider Dieu à maintenir sa place en nous pour que nous puissions lutter avec la fierté d’être justifié, sanctifié, délivré pour construire un monde régénéré.
Les bourreaux Hitlériens, sadiques écrasant l’humanité et la fierté d’un peuple en l’avilissant dans des tâches sordides et en cultivant les rivalités entre des êtres désespérés mus par le seul instinct de survie, furent mis en échec par ceux qui comme cette jeune femme aidèrent Dieu à garder sa place au tréfonds d’eux même.
Menons comme le dit Paul le beau combat, le seul dont nous puissions être fiers, appuyés sur la folie et la sagesse de Dieu, mais aussi sur la foi en Christ source de toute espérance.

samedi 23 octobre 2010

prédication du 24 octobre 2010 à La Ciotat

Prédication sur le livre de Jonas

Le livre de Jonas est classé parmi les textes des douze petits prophètes, et pourtant ce n’est pas un texte prophétique.
Comme le dit Luther « Si le texte de Jonas n’était pas dans la bible, tout le monde y verrait un conte de fée ».
Il s’agit bien en effet d’un conte ou plutôt d’une parabole.
Jonas ne prononce aucun discours inspiré par Dieu, aucune prophétie.
Cependant ce livre est véritablement ancré dans la réalité.
L’auteur précise, au début du texte, que Jonas était un prophète dont le père se nommait Amittaï du pays de Gath- Hepher en Galilée.
Père et fils, membres de la tribu de Zebulon, vécurent au 8 me siècle AJC.
Jonas est ainsi un prophète Galiléen, ce qui fait mentir le fameux texte de l’évangile de Jean (Jean 7- 52), par lequel les grands prêtres disent à Nicodème défenseur de Jésus,
« Serais tu Galiléen toi aussi ? Cherche bien et tu verras qu’aucun prophète ne vient de Galilée ».
Jonas et Jésus sont originaires du même pays et curieusement leur qualité est pareillement niée par les élites Juives .
Est-ce pour cette raison que Jésus cite si souvent le livre de Jonas? Au sein du seul évangile de Mathieu 4 fois !
Dont, en Mat 16-4, le texte suivant bien connu de tous
« Une génération mauvaise et adultère recherche un signe ; il ne lui sera pas donné d’autre signe que le signe de Jonas »
3 jours passés dans le ventre de la baleine annoncent les 3 jours passés par Jésus au domaine des morts le Schéol.
Dieu sauve Jonas rejeté sur le sec et sauve Jésus en les ressuscitant.
Les récits de poissons avalant un homme et le rejetant sur la terre ferme abondent dans la littérature de toutes les nations païennes, Babylone, l’Inde, l’Egypte…
L’auteur reprend, pour faire passer un message, une histoire véhiculée dans tout le monde moyen oriental.
Ecrire, au début du texte, que Jonas a vécu réellement vise au même effet que celui recherché par le sculpteur Roman représentant, à l’angle de certains chapiteaux, un petit bonhomme soufflant à pleins poumons dans une trompe.
Il s’agit d’attirer l’attention du lecteur ou du pèlerin.
Prenez garde il y a là plus qu’il n’y paraît, redoublez d’attention cela vous concerne, ce texte ou ce chapiteau parle de problématiques qui sont réellement les vôtres.
Le livre de Jonas n’est pas un texte anodin, il va relater des questions très importants.
C’est ce que je vais tenter de vous faire découvrir dans ce texte écrit au 4me siècle AJC.

Depuis l’arrêté de Sirius permettant aux hébreux déportés à Babylone de regagner Jérusalem, il s’est écoulé un siècle.
Les juifs de retour d’exil sous l’impulsion d’Esdras ont reconstruit le temple, restauré le système clérical prescrit dans la Torah, réécrit la plupart des textes bibliques.
Cet effort admirable a véritablement fondé le judaïsme.
Toutefois une part des juifs se renferma sur sa singularité et se coupa des relations avec les autres peuples, cette tendance est illustrée par la rupture de toutes les unions conjugales conclues, avant le retour d’exil, entre juifs et étrangères.
L’auteur du livre de Jonas, face à cette dérive nationaliste prend courageusement le parti d’indiquer que Yahvé est compatissant pour tous les hommes et toutes les créatures.
Afin d’éviter les foudres des prêtres, il procède comme le fit notre fabuliste national, Lafontaine, vis-à-vis du pouvoir du souverain.
Comme lui, il adopte une forme de récit plaisante, utilisant des traditions pluri séculaires pour coder un message important.
Annoncer sans précautions que Yahvé est attentif à toute sa création et non seulement au peuple élu, irriterait une part du peuple juif acquis aux opinions extrêmes de prêtres exaltés.
Le faire dire par Yahvé semonçant un prophète rétif, têtu, ingrat, osant effrontément le critiquer rend, par ricochet, le propos acceptable.
Je cite le reproche formulé par Jonas à l’encontre de son Dieu
« Je savais bien que tu es un Dieu miséricordieux lent à la colère et miséricordieux, lent à la colère et plein de fidélité et qui revient sur sa décision »
Cette critique est tellement importante aux yeux de Jonas que celui ci préfère mourir plutôt qu’assister au pardon des Ninivites.
Il le savait bien, pourtant, que Dieu était miséricordieux, car, tout juif et encore plus un prophète connaît ces qualificatifs issus de la Torah et des psaumes (Ex 34 5 à 7, Ps 86, Ps 103, Ps 145, Joël 2 13).
Aussi habilement présenté, la thèse d’un Dieu attentif à toute sa création sans exclusive devrait réduire au silence les pires extrémistes.

Mais vraiment, comme il est difficile de comprendre ce Jonas, qui après sa réussite involontaire à Ninive, se rebelle une nouvelle fois contre Dieu !
Yahvé lui a pourtant démontré toute sa puissance et sa compassion en le délivrant du ventre du gros poisson.
Jonas dans le fonds du gosier animal avait cependant formulé une très belle prière se terminant par « c’est au seigneur qu’appartient le salut »
Il convient de noter que le texte primitif du livre ne comprenait probablement pas cette prière dont le style est bien différent du reste du texte.
Cet ajout est d’autant plus probable que Jonas de façon incompréhensible aurait remercié le Seigneur pour sa grâce avant que celui-ci ne prescrive au poisson de recracher le petit prophète sur la terre ferme.
Ainsi la repentance de Jonas énoncée dans cette prière ne figurait pas dans le récit original.
Quand Dieu au début du récit dit « lève-toi, va à Ninive », pour toute réponse, Jonas tente de fuir à l’extrémité opposée du monde connu, l’Espagne.
Certes les Ninivites sont cruels et dangereux mais enfin n’est ce pas, pour un religieux, bien mal connaître son Dieu que de choisir de se cacher comme le fit Adam vis-à-vis de l’Eternel, avec les résultats que nous connaissons ?
Jonas en réalité était partant pour participer à l’extermination des Ninivites mais il ne faisait pas, comme nous l’avons relaté, confiance en son Dieu pour ce faire.
Lui, Jonas, faisait passer les intérêts de son peuple avant ceux du créateur.
Il aspirait en fait au martyr, il voulait apparaître comme celui qui venge les siens en mémoire de tous ces Hébreux abattus, suppliciés, pillés par les Assyriens.
Seule cette hypothèse explique son arrogance.
Il préfère mourir plutôt que de paraître lâche et conciliant.
Entrainer, obnubilé par son envie d’être un héros, les marins dans son destin tragique ne le soucie guère.
Il faut que le capitaine, comme l’a déjà fait Dieu, lui demande de se lever pour qu’il sorte de son sommeil.
En fait Jonas est toujours présenté comme étant assis ou couché, soit au fond du bateau, soit devant sa baraque sous son ricin. Symboliquement cette position correspond à son refus d’être un homme debout.
Il se pelotonne sur son ardent désir de vengeance qu’il remâche sans cesse de façon obsessionnelle.
Allez Jonas, lève toi, déploie toi spirituellement et sort de ton enfermement qui te rabougrit et fait de toi un mort vivant.
Les vrais croyants ce sont les marins, eux se sont levés, eux ont agi, eux ont prié, eux ont remercié.
A l’évocation par Jonas de Yahvé créateur qui fit l’humide et le sec, ils ont, selon la traduction de Chouraki, frémis d’un grand frémissement
A la demande de Jonas d’être sacrifié, ils répondent par une tentative de rejoindre la côte à la rame, sans succès, puis acculés à satisfaire la demande de Jonas, ils prient Yahvé en lui demandant de ne pas les charger d’un sang innocent.
Une fois Jonas jeté à la mer, ils frémirent encore d’un grand frémissement et se mirent à adorer Yahvé car la mer s’était calmée.
Ils avaient sans état d’âme adopté ce nouveau Dieu, Yahvé.
Ces hommes avaient la foi et cependant ils étaient des païens.
Jonas est le négatif de tout cela, lui ne se laisse pas emporter par son cœur, lui ne frémit pas.
Jonas est imperméable à l’amour.
Il est de la race des terroristes, droits dans leur bottes, enfermés qu’ils sont dans leur vision d’un monde réduit à la dimension de leur tribu, de leur idéologie.
Jonas préfère 3 fois de suite la mort à la repentance.
A la toute fin Dieu lui dit « as-tu raison de te fâcher à cause de cette plante ? » et Jonas répondit « oui j’ai raison de me fâcher à mort »
Dieu est devant un obstacle qu’il ne peut pas franchir sans attenter à la liberté de l’homme, alors il explique sa position de créateur aimant son œuvre et supportant mal que les hommes ne distinguent pas leur droite de leur gauche ou si vous voulez ne distinguent pas le bien du mal.
Il ajoute que le sort des bêtes le soucie aussi.
Mais l’homme est libre de répondre comme il le désire à l’amour offert, c’est pourquoi le récit s’achève sur l’explication de Yahvé.
Nous ne saurons pas si Jonas cessa son opposition, il était libre de choisir.
Comme nous sommes libres de choisir entre le bien et le mal.
Nous sommes parfois, nous aussi, couchés, collés à la matière, remâchant sans cesse nos envies de vengeance.
Christ ne cesse de nous dire lève toi.
Il le dit aux paralytiques redéployés, redressés.
Nous sommes ainsi mis en mouvement sur le chemin de nos vies sous l’impulsion de Jésus Christ dont le livre de Jonas préfigure les enseignements.
Pour conclure je vous livre un passage de la bible dans le premier livre des rois (1Rois 19 1- 8), vous noterez les similitudes avec l’aventure de Jonas.
L’auteur du livre de Jonas le savait, l’attitude d’Elie est le positif du négatif de Jonas !
Elie fuyait la colère des hommes après avoir défaits les prophètes païens et démontré la supériorité de son Dieu Yahvé. Je cite
« Elie se sauva dans le désert, il s’assit sous un genêt et demanda la mort en disant : cela suffit maintenant Seigneur, prends ma vie car je ne suis pas meilleur que mes pères.
Il se coucha et s’endormit sous un genêt.
Soudain un messager le toucha et lui dit : lève toi, et mange sinon le chemin sera trop long pour toi.
Il regarda, il y avait à côté de lui une galette cuite sur des pierres chaudes et une cruche d’eau.
Elie se leva et marcha 40 jours et 40 nuits jusqu’à la montagne de Dieu, l’Horeb »
Nous aussi, au temps où l’énergie vitale nous fera défaut, nous trouverons à nos côtés une galette chaude et une cruche d’eau pour nous redresser afin d’atteindre, après notre transformation spirituelle, la montagne de Dieu à l’instar du prophète Elie.
Cette galette chaude et cette cruche d’eau sont pour nous chrétiens signes comme le pain et le vin de la présence à nos cotés de Dieu.
Puissions-nous, frères et soeurs distinguer notre droite de notre gauche !
Nous sommes en effet engagés dans l’effort de reconnaître ce qui est bien et de le promouvoir, mais aussi d’identifier ce qui est mal et de nous y opposer en tentant de vivre du mieux que nous pouvons dans le mélange des deux.
Puisse ce message inscrit sur le fronton de l’église Anglicane de Saint Martin in the fiels à Londres habiter votre prochaine semaine. Amen

lundi 31 mai 2010

prédication donnée à La Ciotat le 30 Mai 2010

Proverbes 8 versets 22 à 31, Jean 16 versets 12 et 13, Romains 5 versets 1 à 5

Après Pentecôte, voilà des textes qui de nouveau ont pour thème l’esprit saint.
Bien sûr la sagesse, Sophie en grec, ne semble pas, de prime abord, pouvoir être assimilée à l’esprit saint.
Pourtant les deux sont issus directement d’une partition de Dieu, tous deux émanent de Dieu.
Le pope Olivier Clément définit ainsi la sagesse ;
« La sagesse est une réalité mystérieuse cachée au cœur du monde et qui lui donne son sens. Elle se révèle, à ceux qui la cherchent de tout leur cœur et de toute leur intelligence. »
Le livre de la sagesse, rédigé vers -30 AJC, évoque la sagesse en ces termes, dans le chapitre 7 versets 22 à 30 ;
« car il y a en elle un esprit intelligent, saint, unique, multiple, subtil, mobile, distinct, sans tache, clair, inaltérable, aimant le bien, diligent, indépendant, bienfaisant, ami de l’homme, ferme , assuré, tranquille, qui peut tout, surveille tout, et pénètre tous les esprits, les intelligents, les purs, les plus subtils.
Aussi la sagesse est-elle plus mobile qu’aucun mouvement, à cause de sa pureté, elle passe et pénètre à travers tout.
Elle est une effluve de la puissance de Dieu, une pure irradiation de la gloire du tout puissant ; c’est pourquoi nulle souillure ne se glisse en elle.
Elle est un reflet de la lumière éternelle, un miroir sans tache de l’activité de Dieu et une image de sa bonté. Comme elle est unique elle peut tout ; demeurant en elle-même, elle renouvelle l’univers et au long des âges, elle passe dans les âmes saintes pour former des amis de Dieu et des prophètes, car seuls sont aimés de Dieu ceux qui partagent l’intimité de la sagesse.
Elle est plus radieuse que le soleil et surpasse toute constellation.
Comparée à la lumière, sa supériorité éclate, la nuit succède à la lumière, mais le mal ne prévaut pas sur la sagesse ».
Dans le chapitre 7, la sagesse est qualifiée du terme merveilleux « d’artisane de l’univers »
Pour résumer, la sagesse est, une effluve de la puissance de Dieu, elle est l’artisane de l’univers.
Irénée évêque de Lyon s’exclame vers 170 dans le traité contre les hérésies :
« Comme si Dieu n’avait pas ses mains à lui ! De toute éternité, il a auprès de lui le verbe et la sagesse, le fils et l’esprit.
C’est par eux et en eux qu’il fait toutes choses »
Pour Irénée, sagesse et esprit se confondent et constituent la troisième entité de la trinité.
Je ne résiste pas au plaisir de citer une nouvelle fois le pope Olivier Clément :
« L’esprit est le Dieu secret, le Dieu intérieur, plus profond que notre plus grande profondeur. Il donne vie à toutes choses et nous le respirons sans le savoir, lui la respiration de Dieu dans celle du monde, dans celle de l’homme ».
L’esprit donne un surcroit d’énergie vitale à toutes les créatures comme le démontre sans ambiguïté la transformation des disciples le jour de Pentecôte.
Ils sont recréés et leur respiration est comme celle d’une petite fille dansant face à Dieu en tout temps, jouant avec le monde avec sa terre et trouvant ses délices avec les fils de l’humain.
La sagesse, l’artisane de l’univers a le pouvoir de concevoir, de transformer, de transmuter.
Quand Paul affirme « l’amour de Dieu a été répandu dans notre cœur par l’esprit saint qui nous a été donné »
Il annonce par là que le changement radical, si inlassablement annoncé par Christ, est pris en charge par l’esprit saint répandu en nous.
Mais me direz-vous, l’esprit saint a habité Abraham, Moïse et les prophètes, mais aussi Zacharie, Elisabeth, Jean le baptiste, Siméon et aussi Jésus qui le reçoit à son baptême.
Tous les hommes sont en fait habités par l’esprit, c’est le signe de la trace de Dieu en eux, et cela est affirmé aussi dans l’ancien testament.
Pensons au tableau de la création de l’homme à la chapelle Sixtine peint par Michel Ange.
Le doigt tendu de Dieu délègue à Adam une part de sa puissance spirituelle.
Jean nous permet de mieux comprendre tout cela.
Citons Jean 7 versets 37 à 39 « Il n’y avait pas encore d’esprit puisque Jésus n’avait pas encore été glorifié »
Clairement l’esprit transmis par Jésus est d’une nature nouvelle, fruit de sa mission.
L’alliance nouvelle en Christ est scellée par l’effusion d’un esprit saint accordé à l’homme sans mesure,
Comme il est dit en Jean 3 verset 33
« Car celui que Dieu a envoyé dit la parole de Dieu, parce qu’il donne l’esprit sans mesure »
Cet épanchement sans retenue est vécu dans la joie par ceux qui l’accueillent car la grâce de Dieu est inconditionnelle.
Tel fut le cas pour Jésus lui même, comme l’atteste ce texte de l’évangile de Luc (10 verset 21)
« à ce moment il fut transporté d’allégresse sous l’action de l’esprit saint et il dit je te célèbre père »
Il en fut de même pour les disciples le jour de la Pentecôte, comme grisés par du vin doux.
Ainsi le saint esprit est transmis en plénitude par Jésus, sans restriction aucune.
C’est cela la nouvelle alliance un engagement total de Dieu.
Et cet engagement se produit après la pire des infamies de l’humanité.
Mais là ou le péché abonde la grâce surabonde comme l’indique Paul.
L’amour insondable de Dieu révélé par Jésus triomphe.
De façon très subtile dans le texte objet de la prédication tiré du livre des proverbes, les versets 30 et 31 sont au présent contrairement au reste du texte qui est au passé.
Effectivement aujourd’hui la sagesse est près de Dieu, elle est l’enfant qui gambade, joue avec le monde et fait sa délectation en trouvant ses délices avec les fils de l’homme.
Oui vraiment la sagesse continue à informer le monde et les hommes pour les transformer, la création se continue ainsi sans cesse au rythme de la respiration de Dieu.
Quelle bonne nouvelle ! Dieu crée dans la délectation et son but est de modeler le monde avec amour pour construire son royaume, à un terme que nous sommes incapables d’imaginer et qu’une petite infante jouant et dansant contribue à établir.
Pour le coup vous devez penser que le prédicateur de ce jour est atteint du syndrome de Pentecôte, un délire debout lui faisant perdre tout entendement, une rupture des circuits nerveux lié à une surtension.
Et pourtant pour ma défense je vais vous livrer les raisons de mon émerveillement.
La sagesse est intelligence et elle encourage l’homme à faire preuve, lui aussi, d’intelligence.
Les scientifiques depuis deux siècles ont exploré l’infiniment petit et l’infiniment grand, ont élaboré des théories cernant de mieux en mieux la réalité du monde.
Les résultats sont proprement stupéfiants et déroutants.
Ainsi Grichka Bogdanov écrit-il :
« Désormais les physiciens pensent que les particules élémentaires, loin d’être des objets, sont en réalité le résultat toujours provisoire d’interactions incessantes entre des champs immatériels. L’étoffe des choses, le substrat ultime, n’est pas matériel, mais abstrait, une idée pure. »
Ces champs seraient orientés par un champ directeur. Par la sagesse peut être ?
Voyez un vol d’étourneau ou un banc de poissons, arrive un prédateur et d’un seul coup les milliers d’individus, avec une vitesse de réponse supérieure à celle d’un influx nerveux, se retrouvent virer dans la même direction et ce sans se percuter.
Ils sont dans un champ qui les baigne et les oriente comme la limaille de fer l’est dans un champ magnétique.
Vous connaissez le bing bang créateur de l’univers il y a 15 milliards d’années, avant le temps du mur de Planck soit 10 -43 secondes rien ne peut être connu.
A ce stade tout l’univers était rassemblé dans une sphère de diamètre 10 -33 cm, la température était de 10 32 degrés. Il y avait dans ce contexte une seule force (au lieu des 4 du monde actuel).
Les quelques 15 constantes cosmologiques, connues avec précision règlent notre monde, à 10-43secondes elles n’étaient pas encore fixées, par exemple, la constante de gravitation, la vitesse de la lumière, le zéro absolu, la constante de Planck…
Si une seule de ces constantes avait varié par rapport à leur valeur actuelle l’univers tel que nous connaissons n’aurait pu apparaître.
Le philosophe Jean Guitton peut ainsi écrire :
« Si l’univers existe tel que nous le connaissons, c’est bien pour permettre à la vie et à la conscience de se développer. Notre existence était, en quelque sorte, minutieusement programmée dès le début, 10-43secondes après l’explosion primordiale.
Tout ce qui m’entoure, depuis le spectacle des étoiles jusqu’aux arbres qui ornent le jardin du Luxembourg, tout cela existait en germe dans l’univers minuscules du début : l’univers savait que l’homme viendrait à son heure ».
L’intuition du rédacteur des proverbes, est stupéfiante dans le cadre des connaissances de l’époque.
Il fallait, en effet, que la sagesse « artisane de l’univers » fut engendrée en tête de la route choisie par Dieu quand il n’avait encore fait ni la terre, ni les espaces, ni le premier grain de la poussière du monde !
Avant le bing bang, il n’y avait pas de temps, l’ensemble était, selon l’expression des physiciens, symétrique, en équilibre.
Une rupture de symétrie a engendré le temps et l’expansion de l’univers.
Cette rupture est attestée, il y a infiniment plus de matière que d’anti matière dans l’univers actuel.
Les particules de matière et d’antimatière s’annihilent, l’excès de matière était à 10-43secondes de l’ordre d’une particule de matière par milliard de particules.
C’est cet excès infime, cette rupture de symétrie qui a déclenché la fantastique histoire de l’univers.
Quelle est la cause de ce déséquilibre fondateur ?
Est-ce la partition de Dieu en sagesse et verbe, est ce l’acte fondateur de la trinité créant la rupture de symétrie et le début du temps ?
Le doigt invisible de Dieu ou le champ directeur qui orchestre le concert du monde.
Le créateur se réjouit de son idée qui induit l’immensité de sa création. Il se réjouit comme le fait une mère mettant au monde son enfant ou un artiste contemplant son œuvre.
Les enfants s’enchantent d’un feu d’artifice, le bébé rit aux larmes devant un poussin.
Retrouvant l’enfance et son innocence, je pleure d’émotion en écoutant Ich habe genug de Bach ou Barbara, en lisant Federico Garcia Lorca ou les poèmes d’Isaïe.
Sans parler du bonheur d’aimer, de la plénitude aussi qu’apporte un regard d’amour, un geste de tendresse, un sourire esquissé, un regard attentif que je n’attendais plus.
Certains stimuli, des ondes, font résonner mon être comme si l’esprit saint qui est en moi exultait de bonheur. Ces moments là jalonnent ma route et valident mon parcours.
Nous avons le pouvoir de nous émerveiller, pour ne pas dire le devoir, car nous baignons dans un flux d’amour nous portant en dépit de multiples flux contraires.
Car comme le disait Albert Schweitzer
« Chaque esprit humain est comme une vague que l’esprit infini de Dieu pousse et fait déferler par-dessus les rives de la vie naturelle »
Frères et sœurs, une petite fille, une petite Sophie, aspire à danser en nous pour nous griser de bonheur, laissons lui le soin de nous guider sur le chemin ouvert par Jésus.
Amen

mardi 25 mai 2010

prédication du 30 mai à La Ciotat

Proverbes 8 versets 22 à 31, Jean 16 versets 12 et 13, Romains 5 versets 1 à 5

Après Pentecôte, voilà des textes qui de nouveau ont pour thème l’esprit saint.
Bien sûr la sagesse ne semble pas, de prime abord, pouvoir être assimilée à l’esprit saint.
Pourtant les deux sont issus directement d’une partition de Dieu, tous deux émanent de Dieu.
Le pope Olivier Clément définit ainsi la sagesse ;
« La sagesse est une réalité mystérieuse cachée au cœur du monde et qui lui donne son sens. Elle se révèle, à ceux qui la cherchent de tout leur cœur et de toute leur intelligence. »
Le livre de la sagesse, rédigé vers -30 AJC, évoque la sagesse en ces termes, dans le chapitre 7 versets 22 à 30 ;
« car il y a en elle un esprit intelligent, saint, unique, multiple, subtil, mobile, distinct, sans tache, clair, inaltérable, aimant le bien, diligent, indépendant, bienfaisant, ami de l’homme, ferme , assuré, tranquille, qui peut tout, surveille tout, et pénètre tous les esprits, les intelligents, les purs, les plus subtils.
Aussi la sagesse est-elle plus mobile qu’aucun mouvement, à cause de sa pureté, elle passe et pénètre à travers tout.
Elle est une effluve de la puissance de Dieu, une pure irradiation de la gloire du tout puissant ; c’est pourquoi nulle souillure ne se glisse en elle.
Elle est un reflet de la lumière éternelle, un miroir sans tache de l’activité de Dieu et une image de sa bonté. Comme elle est unique elle peut tout ; demeurant en elle-même, elle renouvelle l’univers et au long des âges, elle passe dans les âmes saintes pour former des amis de Dieu et des prophètes, car seuls sont aimés de Dieu ceux qui partagent l’intimité de la sagesse.
Elle est plus radieuse que le soleil et surpasse toute constellation.
Comparée à la lumière, sa supériorité éclate, la nuit succède à la lumière, mais le mal ne prévaut pas sur la sagesse ».
Dans le chapitre 7, la sagesse est qualifiée du terme merveilleux « d’artisane de l’univers »
Pour résumer, la sagesse est, une effluve de la puissance de Dieu, elle est l’artisane de l’univers.
Irénée évêque de Lyon s’exclame vers 170 dans le traité contre les hérésies :
« Comme si Dieu n’avait pas ses mains à lui ! De toute éternité, il a auprès de lui le verbe et la sagesse, le fils et l’esprit.
C’est par eux et en eux qu’il fait toutes choses »
Pour Irénée, sagesse et esprit se confondent et constituent la troisième entité de la trinité.
Je ne résiste pas au plaisir de citer une nouvelle fois le pope Olivier Clément :
« L’esprit est le Dieu secret, le Dieu intérieur, plus profond que notre plus grande profondeur. Il donne vie à toutes choses et nous le respirons sans le savoir, lui la respiration de Dieu dans celle du monde, dans celle de l’homme ».
L’esprit donne un surcroit d’énergie vitale à toutes les créatures comme le démontre sans ambiguïté la transformation des disciples le jour de Pentecôte.
Ils sont recréés et leur respiration est comme celle d’une petite fille dansant face à Dieu en tout temps, jouant avec le monde avec sa terre et trouvant ses délices avec les fils de l’humain.
La sagesse, l’artisane de l’univers a le pouvoir de concevoir, de transformer, de transmuter.
Quand Paul affirme « l’amour de Dieu a été répandu dans notre cœur par l’esprit saint qui nous a été donné »
il annonce par là que le changement radical, si inlassablement annoncé par Christ, est pris en charge par l’esprit saint répandu en nous.
Mais me direz-vous, l’esprit saint a habité Abraham, Moïse et les prophètes, mais aussi Zacharie, Elisabeth, Jean le baptiste, Siméon et aussi Jésus qui le reçoit à son baptême.
Tous les hommes sont en fait habités par l’esprit, c’est le signe de la trace de Dieu en eux, et cela est affirmé aussi dans l’ancien testament.
Pensons au tableau de la création de l’homme à la chapelle Sixtine peint par Michel Ange.
Le doigt tendu de Dieu délègue à Adam une part de sa puissance spirituelle.
Jean nous permet de mieux comprendre tout cela.
Citons Jean 7 versets 37 à 39 « Il n’y avait pas encore d’esprit puisque Jésus n’avait pas encore été glorifié »
Clairement l’esprit transmis par Jésus est d’une nature nouvelle, fruit de sa mission.
L’alliance nouvelle en Christ est scellée par l’effusion d’un esprit saint accordé à l’homme sans mesure,
Comme il est dit en Jean 3 verset 33
« Car celui que Dieu a envoyé dit la parole de Dieu, parce qu’il donne l’esprit sans mesure »
Cet épanchement sans retenue est vécu dans la joie par ceux qui l’accueillent car la grace de Dieu est inconditionnelle.
Tel fut le cas pour Jésus lui même, comme l’atteste ce texte de l’évangile de Luc (10 verset 21)
« à ce moment il fut transporté d’allégresse sous l’action de l’esprit saint et il dit je te célèbre père »
Il en fut de même pour les disciples le jour de la Pentecôte, comme grisés par du vin doux.
Ainsi le saint esprit est transmis en plénitude par Jésus, sans restriction aucune.
C’est cela la nouvelle alliance un engagement total de Dieu.
Et cet engagement se produit après la pire des infamies de l’humanité.
Mais là ou le péché abonde la grâce surabonde comme l’indique Paul.
L’amour insondable de Dieu révélé par Jésus triomphe.
De façon très subtile dans le texte objet de la prédication tiré du livre des proverbes, les versets 30 et 31 sont au présent contrairement au reste du texte qui est au passé.
Effectivement aujourd’hui la sagesse est près de Dieu, elle est l’enfant qui gambade, joue avec le monde et fait sa délectation en trouvant ses délices avec les fils de l’homme.
Oui vraiment la sagesse continue à informer le monde et les hommes pour les transformer, la création se continue ainsi sans cesse au rythme de la respiration de Dieu.
Quelle bonne nouvelle ! Dieu crée dans la délectation et son but est de modeler le monde avec amour pour construire son royaume, à un terme que nous sommes incapables d’imaginer et qu’une petite infante jouant et dansant contribue à établir.
Pour le coup vous devez penser que le prédicateur de ce jour est atteint du syndrome de Pentecôte, un délire debout lui faisant perdre tout entendement, une rupture des circuits nerveux lié à une surtension.
Et pourtant pour ma défense je vais vous livrer les raisons de mon émerveillement.
La sagesse est intelligence et elle encourage l’homme à faire preuve, lui aussi, d’intelligence.
Les scientifiques depuis deux siècles ont exploré l’infiniment petit et l’infiniment grand, ont élaboré des théories cernant de mieux en mieux la réalité du monde.
Les résultats sont proprement stupéfiants et déroutants.
Ainsi Grichka Bogdanov écrit-il :
« Désormais les physiciens pensent que les particules élémentaires, loin d’être des objets, sont en réalité le résultat toujours provisoire d’interactions incessantes entre des champs immatériels. L’étoffe des choses, le substrat ultime, n’est pas matériel, mais abstrait, une idée pure. »
Ces champs seraient orientés par un champ directeur. Par la sagesse peut être ?
Voyez un vol d’étourneau ou un banc de poissons, arrive un prédateur et d’un seul coup les milliers d’individus, avec une vitesse de réponse supérieure à celle d’un influx nerveux, se retrouvent virer dans la même direction et ce sans se percuter.
Ils sont dans un champ qui les baigne et les oriente comme la limaille de fer l’est dans un champ magnétique.
Vous connaissez le bing bang créateur de l’univers il y a 15 milliards d’années, avant le temps du mur de Planck soit 10 -43 secondes rien ne peut être connu.
A ce stade tout l’univers était rassemblé dans une sphère de diamètre 10 -33cm, la température était de 10 -32 degrés. Il y avait dans ce contexte une seule force (au lieu des 4 du monde actuel).
Les quelques 15 constantes cosmologiques, connues avec précision règlent notre monde, à 10-43secondes elles n’étaient pas encore fixées, par exemple, la constante de gravitation, la vitesse de la lumière, le zéro absolu, la constante de Planck…
Si une seule de ces constantes avait varié par rapport à leur valeur actuelle l’univers tel que nous connaissons n’aurait pu apparaître.
Le philosophe Jean Guitton peut ainsi écrire :
« Si l’univers existe tel que nous le connaissons, c’est bien pour permettre à la vie et à la conscience de se développer. Notre existence était, en quelque sorte, minutieusement programmée dès le début, 10-43secondes après l’explosion primordiale.
Tout ce qui m’entoure, depuis le spectacle des étoiles jusqu’aux arbres qui ornent le jardin du Luxembourg, tout cela existait en germe dans l’univers minuscules du début : l’univers savait que l’homme viendrait à son heure ».
L’intuition du rédacteur des proverbes, est stupéfiante dans le cadre des connaissances de l’époque.
Il fallait, en effet, que la sagesse « artisane de l’univers » fut engendrée en tête de la route choisie par Dieu quand il n’avait encore fait ni la terre, ni les espaces, ni le premier grain de la poussière du monde !
Avant le bing bang, il n’y avait pas de temps, l’ensemble était, selon l’expression des physiciens, symétrique, en équilibre.
Une rupture de symétrie a engendré le temps et l’expansion de l’univers.
Cette rupture est attestée, il y a infiniment plus de matière que d’anti matière dans l’univers actuel.
Les particules de matière et d’antimatière s’annihilent, l’excès de matière était à 10-43secondes de l’ordre d’une particule de matière par milliard de particules.
C’est cet excès infime, cette rupture de symétrie qui a déclenché la fantastique histoire de l’univers.
Quelle est la cause de ce déséquilibre fondateur ?
Est-ce la partition de Dieu en sagesse et verbe, est ce l’acte fondateur de la trinité créant la rupture de symétrie et le début du temps ?
Le doigt invisible de Dieu ou le champ directeur qui orchestre le concert du monde.
Le créateur se réjouit de son idée qui induit l’immensité de sa création. Il se réjouit comme le fait une mère mettant au monde son enfant ou un artiste contemplant son œuvre.
Les enfants s’enchantent d’un feu d’artifice, le bébé rit aux larmes devant un poussin.
Retrouvant l’enfance et son innocence, je pleure d’émotion en écoutant Ich habe genug de Bach ou Barbara, en lisant Fédérico Garcia Lorca ou les poèmes d’Isaïe.
Sans parler du bonheur d’aimer, de la plénitude aussi qu’apporte un regard d’amour, un geste de tendresse, un sourire esquissé, un regard attentif que je n’attendais plus.
Certains stimuli, des ondes, font résonner mon être comme si l’esprit saint qui est en moi exultait de bonheur. Ces moments là jalonnent ma route et valident mon parcours.
Nous avons le pouvoir de nous émerveiller, pour ne pas dire le devoir, car nous baignons dans un flux d’amour nous portant en dépit de multiples flux contraires.
Car comme le disait Albert Schweitzer
« chaque esprit humain est comme une vague que l’esprit infini de Dieu pousse et fait déferler par-dessus les rives de la vie naturelle »
Frères et sœurs, une petite fille aspire à danser en nous pour nous griser de bonheur, laissons lui le soin de nous guider sur le chemin ouvert par Jésus.
Amen