samedi 22 juin 2013

prédication sur Jean 14 versets 1 à 12 donnée à Marseille Sud est et La Ciotat


Jean 14 versets 1 à 12                                      lecture complémentaire du psaume 25

 

Pourquoi choisir de prêcher sur un texte de Jean qui déroute, mais enthousiasme, tant il résonne au tréfonds de nous même.

Pour ma part, cette envie d’approfondir les thèmes traités dans ce passage résulte d’une interrogation, de mon  interrogation.

Cette interrogation, c’est aussi celle de  Pilate face à un Jésus refusant de répondre à ses questions en termes compréhensibles par un solide soldat Romain plongé dans la rude réalité des combats de tous ordres.

Pilate exaspéré s’écrie : es-tu oui ou non le roi des juifs ? Et Jésus répond « c’est toi qui dit que je suis roi. Moi si je suis né et si je suis venu dans le monde, c’est pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité entend ma voix ».

Pilate lassé lui dit alors « qu’est ce que la vérité ? ».

Et bien je me suis demandé, comme Pilate, ce que Jésus entendait par l’expression « la vérité ».

En cherchant dans les textes, je me suis aperçu que le mot « vérité » figurait 45 fois dans l’évangile de Jean et seulement deux fois dans les évangiles synoptiques. Paul pour sa part l’utilise à 52 reprises dans ses épitres.  

Bien sûr ce décompte ne tient pas compte de la formule « en vérité » qui émaille tous les évangiles et est utilisée comme le mot amen pour attirer l’attention sur l’importance de ce qui va être dit. C’est en quelque sorte le « oyez oyez braves gens » du garde champêtre battant tambour.

Pour Jean le mot vérité, si souvent employé, est lourd de sens et fait partie de sa catéchèse, il sonne particulièrement bien au chapitre 14, en effet nul chrétien n’ignore ce propos de Jésus proche du slogan

 « C’est moi qui suis le chemin, la vérité et la vie ».

Comment ne pas songer en écho, au texte d’Exode 3 verset 14 ?

 « Dieu dit à Moïse : Je suis celui qui suis. Et il ajouta : C’est ainsi que tu répondras aux enfants d’Israël : Celui qui s’appelle "je suis" m’a envoyé vers vous ».

L’utilisation du verbe être est en accord  profond avec le terme vie, « c’est moi qui suis » dit Jésus tout comme Dieu est «  je suis ».

 

Comment ne pas être ému lorsque Jésus tout proche du supplice de la croix tente de rassurer des disciples et des foules complètement désorientés, tant par le cours que prennent les événements que par les propos de Jésus.

Lorsque Jésus annonce sa mort,  les foules  juives lui répondent en Jean 12-34 :

 «  Nous nous avons entendu de la loi que le Christ demeure pour toujours, comment donc peux –tu dire toi « il faut que le fils de l’homme soit élevé »

Qui est ce fils de l’homme ? »

Les deux apôtres questionneurs du chapitre 14 sont en phase avec cette interpellation, leurs questions rejoignent celles de ces foules.

 Thomas s’exclame nous ne savons pas où tu vas, comment en saurions nous le chemin et Philippe assène un ordre montre nous le père et cela nous suffit

Jésus ne se fait pas comprendre, il en est terriblement affecté, comme un homme peut l’être par un échec et c’est ce qu’il exprime par cette déchirante exclamation « il y a si longtemps que je suis avec vous et tu ne me connais pas, Philippe ! »

L’injonction  de  Jésus dès le début du texte à savoir « que votre cœur ne se trouble pas. Mettez votre foi en Dieu, mettez votre foi en moi » est vaine.

Les cœurs se troublent et il semblerait que la foi des disciples vacille.

Philippe indique clairement qu’il ne rentre plus  dans les débats portant sur la complexité de la nature de Jésus. Dorénavant il ne veut plus passer par l’intermédiaire de Jésus mais veut directement qu’on lui montre Dieu.

Il ajoute cruellement un « cela suffit » exaspéré.

Quant à Thomas il refuse d’entendre le discours de Jésus sur la place qu’il réserve aux fidèles, car il ne sait pas où va Jésus.

Cette crise de foi des apôtres ne cessera qu’à l’ultime instant précédent l’arrestation du maître. C’est ce qui est  relaté dans le texte de Jean au chapitre 16 versets 25 à 33 :

«  Je vous ai dit tout cela de manière énigmatique, mais l’heure vient où je ne vous parlerai plus de cette manière, mais où je vous annoncerai ouvertement ce qui concerne le père. … je suis sorti du père et je suis venu dans le monde ; tandis qu’à présent je quitte le monde et je vais au père » Ses disciples lui dirent : voici que maintenant tu parles ouvertement et que tu abandonnes tout langage énigmatique ; maintenant nous savons que toi, tu sais toutes choses et que tu n’as nul besoin que quelqu’un t’interroge. C’est bien pourquoi nous croyons que tu es sorti de Dieu.

Jésus leur répondit « Croyez- vous à présent ?

Voici que l’heure vient et maintenant elle est là, où vous serez dispersés, chacun allant de son côté, et vous me laisserez seul : mais je ne suis pas seul, le père est avec moi.

Je vous ai dit tout cela pour qu’en moi vous ayez la paix.

En ce moment vous êtes dans la détresse, mais prenez courage, j’ai vaincu le monde ! ».

Et nous, frères et sœurs, ne sommes nous pas des Thomas ou des Philippe, exaspérés par le monde en dérive sur fonds de malheur, d’injustice, de mépris, de cruauté et d’orgueil?

Notre dépit éclate et nous pousse parfois à fuir au sein de tribus refermées sur elle même ou dans les paradis artificiels que procurent les drogues de toutes sortes, allant de la surconsommation de biens matériels ou culturels à la surconsommation d’alcool, de stupéfiants ou à l’adoption de comportements déviants.

Voyez vous Jésus vivait dans un monde encore plus repoussant que le notre et la phrase prononcée au début de son calvaire « prenez courage j’ai vaincu le monde » prend tout son relief pour nous.

Comment pouvons nous, nous pauvres milliardième d’humanité, vaincre le monde ?

Changez radicalement comme l’ont proclamé Jean le Baptiste puis Jésus.

Le moyen de ce changement est fourni par l’enseignement de Jésus qui nous permet de trouver un  chemin éclairé par la lumière de la vérité ouvrant  à la vie.

Nous sommes des créatures voulues par Dieu individuellement distinctes les unes des autres. Uniques en quelque sorte.

Les chemins, que nous inspirent personnellement le Christ, ne sont pas forcément ceux que suivent nos frères et sœurs, mais comme l’affirme Jésus « il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon père »

Pour emprunter ce chemin de vie il nous faut connaître la vérité.

Le terme traduit en grec par vérité, a en Hébreux plusieurs significations, fidélité, probité, constance, loyauté.

La vérité dont parle Jésus c’est la fidélité de Dieu, sa constance dans le projet qu’il s’est fixé.

Pour découvrir les projets de Dieu il faut passer par la compréhension du message de Jésus.

Il importe pour le chrétien de fuir les chemins de perdition en avançant à la lumière de ce qui est vrai, la paix, l’amour, la joie, le pardon et en fuyant ce qui est tromperie, la noirceur de la violence, de la haine de la tristesse.

Jean ne cesse d’ailleurs d’utiliser l’adjectif vrai, le vrai pain du ciel, le  vrai cep, le seul vrai Dieu.

Comme l’indique le psaume 25 lu comme texte du jour et le Deutéronome au chapitre 32 verset 4

« Dieu est le rocher, ses œuvres sont parfaites car toutes ses voies sont justes, c’est un Dieu fidèle et sans iniquités, il est juste et droit »

Ce Dieu c’est le notre, ce n’est pas une idole ou un Dieu folâtre et inconstant.

Dieu est un rocher il est constitué par la vérité et il a conféré  à Jésus le pouvoir de faire connaître ce fait par la parole, c’est ce que dit Jésus dans Jean 8 versets 31 à 32

« Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples, vous connaîtrez la vérité et la vérité fera de vous des hommes libres »

J’ajouterai pour ma part, la vérité vous fera vivre, car vivre c’est avoir les yeux décillés, c’est se dresser lorsqu’on est abattu, c’est trouver du sens dans son existence.

Ce sont ces signes de vie que les miracles de Jésus relatés par Jean signifient, retrouver la vue, se lever pour cheminer à nouveau.

Sans la vérité constitutive de Dieu nous sommes des morts vivants désorientés.

Contrairement aux révolutionnaires qui proclamaient vouloir  vivre libres ou mourir, Jésus nous dit, vivez libres pour éterniser votre vie.

Mais sachez, comme dit Paul, que dans le cadre de cette liberté inconditionnelle, tout est permis mais tout ne convient pas, les chemins de perdition sont ouverts, mais les chemins de la grâce nous attendent

Vivez libres dès maintenant en recherchant le Dieu  vérité, notre Dieu, à travers Jésus qui nous dit :

« Amen, amen, je vous le dis, celui qui entend ma parole et qui crois celui qui m’a envoyé a la vie éternelle ; il ne vient pas en jugement, il est passé de la mort  à la vie» (jean 5-24).

Un jour un centurion romain qui rendait forcément un culte à l’empereur  de Rome considéré comme Dieu, s’adressa à Jésus en qui il ne voyait à priori qu’un guérisseur.

A aucun moment il n’eut un mot pour le reconnaître comme étant de Dieu. Toutefois il voulait sauver son esclave et lui le chef puissant fit, par amour, une démarche impensable. 

Hors sens, il dit  « Dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri »

Et Jésus s’exclama je n’ai jamais rencontré autant de foi chez un homme et le serviteur fut guéri.

Le centurion mû par une bouffée d’amour s’est fait serviteur de son serviteur, il est devenu  vivant, il a été capable de transcender la morale du monde,  il s’est  positionné sur le chemin de la grâce car la vérité s’est imposée à lui. Ce centurion a probablement saisi l’occasion pour éterniser sa vie en lui donnant un sens nouveau !

Je vous propose de mémoriser ce résumé de la prédication.

Dieu ne peut être appréhendé directement par l’homme, il est énergie, information.

Ce qui le fait exister en nous, c’est le projet qu’il poursuit, cette volonté de transformer le monde créé en s’appuyant sur le vivant.

La vérité dans ce contexte est une part de Dieu rendue accessible aux hommes par le Christ Jésus.

Seigneur tu ouvres à la vie.

Seigneur tu te tiens à la porte et tu frappes et je voudrais tant t’accueillir pleinement malgré mes conditionnements et présupposés car c’est toi qui es le chemin, la vérité et la vie.

 

lundi 22 avril 2013

prédication donnée en Avril 2013 à Aubagne, La Ciotat, Magnan


Nous allons entendre successivement les textes du jour ; 4 textes très différents dans le fonds et la forme.

Ils ont tous un rapport avec la vie et la mort. Ils génèrent tous un dynamisme créateur.

A chaque texte j’apporterai un commentaire qui résume la réaction que me procure personnellement leur lecture et espère que vous y trouverez matière à réflexion.

 

Lecture du psaume 5.

 

Prête l’oreille à mes paroles, Seigneur, comprend mon murmure !

Sois attentif à mes appels au secours, mon roi, mon Dieu !

C’est à toi que j’adresse ma prière.

Seigneur le matin tu m’entends ;

Le matin je me présente à toi et je guette.

Car tu n’es pas un Dieu qui prenne plaisir à la méchanceté ; le mal ne séjourne pas auprès de toi.

Ceux qui font les fiers ne tiennent pas devant tes yeux. Tu détestes tous les malfaisants.

Tu fais disparaître ceux qui profèrent le mensonge.

Le seigneur a en abomination l’homme sanguinaire et trompeur.

Mais, moi, par ta grande fidélité, je viens à ta maison ; dans la crainte qui t’es due, je me prosterne devant ton temple sacré.

Seigneur, conduis moi dans ta justice au nom de mes détracteurs ; aplanis la voie devant moi.

Car, il n’y a rien de sûr dans leur bouche.

Leur sein n’est que ruine, leur gosier est une tombe ouverte, et leur langue se fait glissante.

Demande leur réparation ô Dieu !

Que leur dessein amène leur chute !

Rejette-les à cause de leurs transgressions sans nombre, car ils se rebellent contre toi !

Alors tous ceux qui trouvent en toi un abri se réjouiront ; leur vie sera toujours un cri de joie.

Tu les protégeras et ils exulteront en toi ceux qui aiment ton nom.

Car toi Seigneur, tu bénis le juste ; comme un grand boulier tu l’entoures de ta faveur.

 

Je ne résiste pas au plaisir de relire  ce merveilleux verset qui résume si bien l’aspiration des croyants.

« Tous ceux qui trouvent en toi un abri se réjouiront, leur vie sera toujours un cri de joie. Tu les protégeras, et ils exulteront en toi ceux qui aiment ton nom ».

Vous qui m’écoutez, vous qui confessez Jésus, votre vie, peut être un cri de joie car Yahvé est un Dieu bon et agissant qui bénit le juste et l’entoure de sa faveur, à la manière d’un grand bouclier.

Dans la tradition Judaïque la survie après la mort n’est pas envisagée.

L’important c’est la vie présente qu’il convient de mener au mieux et si possible longtemps.

Si les héros de l’ancien testament que sont les patriarches ou Job par exemple, vivent si longtemps c’est que Dieu les rassasie de jours à l’aune de leur fidélité.

L’être, survit par sa descendance. Dans ce contexte antique, le malheur absolu est le manque d’enfants.

Les épouses des patriarches, Sarah, Rebecca et Rachel, toutes stériles, voient la malédiction pesant ainsi sur elles, levée par un Dieu agissant, signifiant ainsi qu’il adopte Abraham, Esaïe et Jacob et par la même garantit l’avenir de leur lignée.

Dans une tout petite nation de  l’Orient, ne pas se poser le problème de l’après vie était très original, le pays voisin dominant le monde, l’Egypte des pharaons, ne pensait qu’à cela, elle était hantée par la mort.

Le peuple d’Israël était quant à lui hanté par la vie.

Moïse en menant les douze tribus des Hébreux hors des influences de l’Egypte libérait son peuple d’une dépendance mortifère.

C’est pourquoi ignorer le destin après la mort fut longtemps l’absolue croyance des Juifs.

Il y a là, pour moi, quelque chose de sain qui rejoins la tendance de beaucoup de chrétiens à se préoccuper exclusivement de ce qui arrive maintenant dans notre vie et à ne pas échafauder des théories sur ce que l’homme devient après la mort. Laissez les morts enterrer les morts dis Jésus. Changez radicalement maintenant..

Le royaume est à construire ici-bas. Pour le reste Dieu y pourvoira, car son amour, l’agape est sans bornes.

 

Actes chapitre 5 versets 12 à 16.

 

Beaucoup de signes et de prodiges se produisaient dans le peuple par les mains des apôtres.

Ils se tenaient tous, d’un commun accord au portique de Salomon.

Parmi les autres, personne n’osait se joindre à eux ; mais le peuple les magnifiait. De plus en plus de gens croyaient au Seigneur, une multitude d’hommes et de femmes.

On apportait les malades dans les grandes rues et on les plaçait sur des litières et grabats, pour qu’à la vue de Pierre son ombre au moins puisse couvrir l’un ou l’autre. La multitude accourait des villes voisines de Jérusalem, portant les malades et les gens perturbés par des esprits impurs ; et tous étaient guéris.

 

 

De ce texte, sourd une véritable jubilation.

Le peuple magnifiait les apôtres, une multitude  d’hommes et de femmes se mettait à croire.

Les malades arrivaient de tous les horizons et étaient guéris du seul fait d’être exposé à l’ombre de Pierre.

Vraiment, nous sommes dans le mode de narration des contes de fées. Pourquoi ?

Très probablement  du fait qu’entre la date de la mort de Jésus et l’écriture de ce texte vers 80, trois générations s’étaient succédées.

La parousie, c'est-à-dire le retour de Christ pour présider le jugement dernier, tant espérée par une part des chrétiens, n’avait pas eu lieu et une certaine désespérance s’était emparée de nombreux adeptes.

Les calamités n’avaient pas manquées ; les exécutions de Pierre, Paul et de la quasi-totalité des apôtres,  la mise à mort du frère de Jésus, Jacques chef de la communauté chrétienne de Jérusalem, l’écrasement, par l’empire Romain de la résistance juive concrétisés par la destruction du temple en 70.

Il y a vraiment vers la fin du premier siècle de quoi perdre son enthousiasme de nouveau converti.

Il convenait donc, pour Luc, de survaloriser le comportement de la première génération des adeptes entourant les apôtres encore vivants. Il fallait redonner la vitalité nécessaire aux chrétiens chancelants pour servir et honorer le Christ.

Déjà Paul avait écrit ses épitres, elles circulaient depuis une trentaine d’années et faisaient état pour certaines (Galates, Corinthiens notamment) de fortes rivalités entre annonciateurs de la bonne nouvelle. Enjoliver les souvenirs heureux est alors compréhensible.

Ce qui est étonnant en fait, c’est que la religion fondée par les apôtres, dont Paul, se soit développée avec tant de dynamisme jusqu’à maintenant, en dépit des luttes internes de pouvoir dans l’église, des idéologies totalitaires véhiculées, de la confiscation par les clercs du message religieux aboutissant à la mise en place de  dogmes intangibles travestissant le message de paix du christ et imposés par des pouvoirs ô combien humains !.

Plus le temps passe et plus le message de Jésus est reçu par les hommes de toutes races.

Christ se manifeste en permanence au cœur des hommes. Christ ressuscite partout autour de nous, comme les fleurs jaillissent au Printemps dans une prairie desséchée par l’Hiver.

Il est vraiment ressuscité en nous.

 

Jean chapitre 20 versets 19 à 23

 

Le soir de ce jour là, qui était le premier de la semaine, alors que les portes de l’endroit où se tenaient les disciples étaient fermées par crainte des juifs, Jésus vint ; debout, debout au milieu d’eux, il leur dit : Que la paix soit avec vous !

Quand il eut dit cela, il leur montra ses mains et son côté.

Les disciples se réjouirent de voir le Seigneur. Jésus leur dit à nouveau : Que la paix soit avec vous !

Comme le père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. Après cela il souffla sur eux et leur dit : recevez l’esprit saint. A qui vous pardonnerez les péchés, ceux-ci seront pardonnés ; à qui vous les retiendrez, ils seront retenus.

 

Les récits portant sur les apparitions de Jésus dans les 40 jours suivant sa mort sont hétérogènes et ne concordent pas forcément. Par exemple Paul dans sa première lettre aux Corinthiens (chapitre 5, verste 6) parle de 500 personnes ayant vu ensemble le Christ or cet épisode impressionnant n’a laissé aucune trace dans les évangiles, même pas dans les évangiles apocryphes !

Il convient de noter que la forme des apparitions de Jésus durant une période temporaire de 40 jours ne laisse en rien présumer de la forme que l’homme serait susceptible de revêtir après sa mort.

C’est à l’assomption que Jésus s’élève vers sa demeure finale dans une grande lumière.

Tenons-nous en donc aux paroles de Jésus fort peu disert sur le sujet qui lui semble secondaire. Ce sont les vivants qui l’intéressent. Alors contentons nous  de cette parole de Jésus répétée dans les 3 évangiles synoptiques « vous serez comme des anges de Dieu dans le ciel. » !

Ayons confiance, Dieu sait ce qu’il nous faut.

Le texte que je viens de lire clôturait primitivement l’évangile de Jean. Ultérieurement a été rajouté le chapitre 21 qui relate les apparitions de Jésus en Galilée.

Des autorités ont donc jugé bon de modifier l’épitre. D’ailleurs ce chapitre 21 est admirable et renferme des richesses symboliques qui font penser à un texte prégnostique.

De même, le plus ancien évangile, celui de Marc se termine abruptement, après qu’un ange ait indiqué aux femmes Marie Madeleine et Salomé que Jésus avait été relevé et n’était pas ici.  

Nul récit de l’apparition dans la chambre haute. Le manque était tellement flagrant qu’une conclusion longue fut ajoutée ultérieurement par l’église.

Ce qui montre, avec bien d’autres exemples, que des ajouts et adaptations des textes ont été conduits tant que le canon n’a pas été fixé à la fin du second siècle.

Les documents auxquels Matthieu et Luc ont eu accès pour composer leurs évangiles sont ; la source Quelle, l’évangile de Marc, les lettres de Paul et peut être d’autres documents non parvenus à notre connaissance.

Les études peuvent déterminer approximativement le contenu de la source Quelle. Cette source ne mentionne ni la résurrection de Jésus, ni toute l’histoire de la passion, ni la résurrection des morts.

La découverte en haute Egypte de l’évangile de Thomas, aussi ancien pour certaines parties que ceux de Luc et Mathieu,  a permis de constater que lui non plus ne parlait ni de la résurrection de Jésus ni de sa passion.

Le pasteur Henri Persoz dans son livre récent « impensable résurrection »  écrit

« Dans  deux textes, évangile de Thomas et Didaché, Jésus apparaît comme un sage qui proclame la nécessité d’une révolution conduisant à un monde nouveau, le fameux royaume de Dieu fondé sur l’amour du prochain.

Jésus n’est pas présenté comme le messie devant souffrir sur la croix pour sauver l’humanité.

Ces textes n’invitent pas à une croyance nouvelle mais à un comportement nouveau.

Nous sommes ici à l’opposé de la pensée Paulinienne, puisque l’apôtre ne parle pratiquement pas de l’enseignement de Jésus et écrit dans sa première lettre aux Corinthiens (2,2)

« J’ai jugé bon parmi vous de ne rien savoir d’autre que Jésus Christ et Jésus Christ crucifié »

Tout ceci nous montre qu’au début de la formation du christianisme et pour certains milieux, le souvenir de Jésus, qu’il était important de conserver, était son message de sagesse et non le message de sa mort dramatique et de sa résurrection ».

Ces dernières considérations ne sont pas partisanes, mais visent à aborder avec objectivité les thèmes aussi fondamentaux que la résurrection du Christ et celle des croyants.

Notre liberté est de construire pour nous même notre propre corpus de croyant, il n’est pas de tradition qui prévalent.

Je trouve pour ma part peu vraisemblable que Jésus ressuscité traverse les murs et qu’il porte encore les stigmates de son supplice.

Par contre que l’auteur Jean cherche par ce récit à me rappeler que Dieu n’est pas le Dieu des morts mais des vivants, cela j’y crois.

Quand Jésus se présente en disant, la paix soit avec vous » et poursuit en disant « comme le père m’a envoyé moi aussi je vous envoie », cela résonne en moi, cela a du sens. 

Comme le grand théologien Bultmann l’écrit dans la première moitié du 20 me siècle

« La vision biblique du monde est mythologique ;  elle est de ce fait inacceptable pour l’homme moderne dont la pensée n’est plus mythologique car modelée par la science. Bien sûr il existe encore aujourd’hui des séquelles de la pensée primitive et de la superstition auxquelles on s’efforce de redonner vie. La prédication de l’église, néanmoins, commettrait une erreur désastreuse  si elle venait à prendre en considération ces survivances et s’y conformait »

On ne peut être plus explicite !

 

Apocalypse chapitre 1 versets 9 à 19

 

Moi Jean, votre frère, et qui ai part avec vous à la tribulation et au royaume et à la persévérance en Jésus, j'étais dans l'île appelée Patmos, à cause de la parole de Dieu et du témoignage de Jésus.

Je fus ravi en esprit au jour du Seigneur, et j'entendis derrière moi une voix forte, comme le son d'une trompette,

qui disait: Ce que tu vois, écris-le dans un livre, et envoie-le aux sept Églises, à Éphèse, à Smyrne, à Pergame, à Thyatire, à Sardes, à Philadelphie, et à Laodicée.

Je me retournai pour connaître quelle était la voix qui me parlait. Et, après m'être retourné, je vis sept chandeliers d'or,

et, au milieu des sept chandeliers, quelqu'un qui ressemblait à un fils d'homme, vêtu d'une longue robe, et ayant une ceinture d'or sur la poitrine.

Sa tête et ses cheveux étaient blancs comme de la laine blanche, comme de la neige; ses yeux étaient comme une flamme de feu;

ses pieds étaient semblables à de l'airain ardent, comme s'il eût été embrasé dans une fournaise; et sa voix était comme le bruit de grandes eaux.

Il avait dans sa main droite sept étoiles. De sa bouche sortait une épée aiguë, à deux tranchants; et son visage était comme le soleil lorsqu'il brille dans sa force.

Quand je le vis, je tombai à ses pieds comme mort. Il posa sur moi sa main droite en disant: Ne crains point!

Je suis le premier et le dernier, et le vivant. J'étais mort; et voici, je suis vivant aux siècles des siècles. Je tiens les clefs de la mort et du séjour des morts.

Écris donc les choses que tu as vues, et celles qui sont, et celles qui doivent arriver après elles.

 

Ce texte, emprunte, bien-entendu, la forme apocalyptique traditionnelle.

N’aurait-il plus rien à nous dire de ce fait ? Pour ma part je dis non, car il renferme des passages éblouissants  dont nous pouvons tirer enseignement.

Je retiens tout particulièrement la phrase suivante.

« Quand je le vis, je tombais à ses pieds comme mort. Alors il posa sa main droite sur moi en disant ; n’ai pas peur ! C’est moi qui suis le premier et le dernier, le vivant.

Je suis mort, mais je suis vivant à tout jamais, et j’ai les clefs de la mort et du séjour des morts. Ecris donc ce que tu as vu  »

L’utilisation du terme vivant pour qualifier Jésus n’est pas originale, d’autant que comme je vous l’ai indiqué, les Sadducéens  ne s’intéressaient qu’à l’être vivant.

Mon attention a été attirée par le fait que Jean tombe aux pieds de Jésus, comme mort.

L’homme de lumière dit-alors « n’aie pas peur », de même dans la chambre haute Jésus rencontrant les disciples leur dit  deux fois « la paix soit avec vous », avec la même préoccupation d’apaiser les angoisses humaines. Pour ce faire il pose la main droite sur Jean. Le récit d’héroïque devient intime.

L’être effrayant dévoile son caractère humain et aimant.

Et pour faire sortir ses interlocuteurs de leurs peurs instinctives et stérilisantes, il leur confie des missions. Pour les disciples c’est « je vous envoie », pour Jean c’est « écris donc ce que tu as vu ».

Jésus nous re suscite ou nous relève, si vous préférez ce terme, par l’action. Notez d’ailleurs que Jésus apparaît debout aux disciples pour les inciter à quitter leurs attitudes abattues, à se lever et se ressaisir, à son exemple.

Ainsi nous sommes vivants lorsque nous accomplissons une mission pour Dieu.

Jésus est dans l’agir, il n’est pas dans les macérations, les épreuves, il veut que debouts nous participions ici et maintenant à la construction du projet de Dieu.

C’est pourquoi le baptême de l’esprit est d’abord une mort, mort à nos attachements stériles, mort aux rigidités des dogmes et lois, mort aux rapports liberticides qu’imposent les familles, les pouvoirs religieux et politiques. Pour changer radicalement, comme le demande avec obstination Jésus, il faut d’abord renoncer à nos sécurités factices ou illusoires. 

C’est pour cela que le baptême, auquel Jésus procède sur ses disciples harassés et humiliés par leurs manquements, est accompagné d’une incitation à agir.

Concentrez vous sur l’avenir, sur ce qu’il faut construire, réformer en mon nom, renoncez à vous plaindre, vous mésestimer, ouvriers de la première et dernière heure, réveillez- vous.

Jésus est éternel, « je suis le premier et le dernier, le vivant » car il une mission sans début et sans fin, celle de faire connaître Dieu aux hommes.

Pour conclure, je cite à nouveau le pasteur Persoz ;

« Le génie des tous premiers chrétiens, transformé en une foi profonde  a été de  comprendre que cet homme Jésus marquerait toutes les générations à venir de ses engagements avec les hommes ses frères et de son dépouillement face à la mort. Ils l’ont exprimé avec le langage du temps. Peut être que la puissance du personnage, sa personnalité hors du commun était encore plus forte que ce que nous en fait connaître les évangiles ».

Christ est jadis ressuscité, il ressuscite là dans nos cœurs car il nous confie une mission et suscitera encore et toujours des ouvriers pour s’associer au projet de Dieu.

Amen

lundi 5 novembre 2012

prédication du 4 novembre 2012 à Magnan Marseille sud-est


Lectures : psaume 25 : 1 à 14 – Matthieu 11 : 25 à 30 – 1 Cor 12 : 24 à 31

 

Les 3 textes que je viens de lire ont en commun de traiter ; soit de l’instruction du fidèle, soit de la voie à suivre pour approcher la vérité.

J’ai en effet envie de vous parler de vous et de vôtre relation  à Christ.

Vous êtes vous posé la question : que suis-je vis-à-vis de Christ ?

 Selon la typologie présentée par Paul, dans la première lettre aux Corinthiens, appartenez-vous aux apôtres, aux  maîtres, aux guérisseurs, aux  prophètes, aux faiseurs de miracles, aux orateurs s’exprimant en langues ou aux interprètes décodant les propos de ces derniers….Rassurez-vous si vous n’êtes rien de tout cela, le texte de cette épitre précise en tête de chapitre, je cite

« En fait, Dieu a disposé le corps que forment les croyants de manière à donner plus d’honneur à ceux qui en manquait pour qu’il n’y ait pas de divisions dans le corps, mais que toutes les parties du corps s’inquiètent de la même façon les unes des autres ».

Vous qui  venez librement, en ce lieu vous êtes peut être des apôtres et surement des disciples.

Réunis ensemble nous avons demandé au commencement du culte au seigneur d’être au milieu de nous et il est au milieu de nous car il l’a promis

 « Là où deux et plus sont réunis en mon nom, je suis avec eux ».

Et nous attendons qu’à nous tous, pauvres ou pêcheurs, comme le dit le psaume 25 « il nous montre le chemin et nous apprenne sa voie ».

Ainsi nous voilà, conformément  à la définition du dictionnaire, des disciples suivant l’enseignement  d’un maître et adeptes de la pensée de Jésus.

Ceci étant sommes- nous des apôtres ?

Dans les 4 évangiles, le terme apôtre figure une seule fois et c’est dans le plus tardif celui de Jean au chapitre 16 verset 16

« L’esclave n’est pas plus grand que son maître  ni l’apôtre plus grand que celui qui l’a envoyé. Si vous savez cela, heureux êtes- vous ».

Paul dans ses épitres utilise ce terme 14 fois et Pierre 2 fois.

Ainsi Paul ouvre la seconde lettre à Timothée par la phrase suivante :

 « Paul apôtre de Jésus-Christ par la volonté de Dieu, selon la promesses de  la vie qui est en Jésus »

Pierre pour sa part introduit ses deux épitres par le texte :

« Pierre, apôtre de Jésus Christ ».

Ainsi les trois premiers évangélistes n’utilisent pas le mot apôtre.

A l’évidence les premiers chrétiens ne ressentaient pas le besoin de l’utiliser.

La racine hébraïque, CHALAKH, de ce terme signifie mandataire de Dieu.

L’apôtre, dit le talmud, est comme l’homme même par qui il est délégué.

Apôtre signifie ainsi « ambassadeur d’un maître à penser ».

C’est seulement quand des polémiques éclatèrent au sein de la communauté des adeptes de Jésus, portant sur la valeur du témoignage de Paul ou de Pierre, que ceux-ci ressentirent le besoin de faire état de leur prééminence par rapport à certains prétendus guides déviants, cela est particulièrement clair dans l’épitre aux Galates écrite pour persuader les Galates de ne pas suivre des prêcheurs autoproclamés apôtres.

Dans les premiers temps suivant la mort de Jésus, les douze disciples s’imposèrent sans contestation car ils étaient vivants et présents, ils étaient des piliers, et les adeptes du Christ le savaient.

Ces douze hommes furent individuellement choisis et appelés par Jésus comme indiqué en Marc 3-13

 « Il monte ensuite sur la montagne, il appelle ceux qu’il voulait et ils vinrent à lui »

En quelque sorte, à travers eux, s’exprime, le maître Jésus.

Ces témoins directs disparus, d’autres disciples se sentirent appelés par Dieu pour porter le message christique à l’humanité.

Il en fut ainsi de Paul bien sûr mais aussi de ses compagnons, par exemple en Romain 16- 7 : je cite

« Saluez Andronicus et Junias mes parents et mes compagnons de captivité. Ce sont des apôtres éminents ».

Dieu suscite, depuis toujours, des hommes, n’appartenant pas forcément au sérail, pour contribuer à l’accomplissement de son projet, ainsi en est-il du prophète Amos affronté au prêtre officiel Amatsia : je cite

« Amatsia dit à Amos : va t’en visionnaire, va te réfugier au pays de Juda ; là bas, tu pourras manger ton pain et parler en prophète. Mais ne continue pas à parler en prophète à Beth-El, car c’est un sanctuaire de roi, et une maison royale. Amos répondit à Amatsia : je ne suis ni prophète, ni fils de prophète ; je suis éleveur de bovins et cultivateur de sycomores. Le seigneur m’a pris derrière le troupeau ; le seigneur m’a dit : Va, parle en prophète à Israël, mon peuple ».

Il existe aujourd’hui, à l’image d’Amos des apôtres, personnellement appelés par Dieu comme missionnaires et porteurs de la vérité évangélique.

Ils se sont sentis saisis, même quand ils étaient en arrière du troupeau, et comme invinciblement conduits à communiquer leur message inspiré par Dieu lui-même.

Nombre de pasteurs sont ainsi des apôtres.

C’est d’ailleurs pour cela que nous devons tenir compte de la vocation qui est la leur et éviter de les considérer comme de simples gestionnaires de l’église.

Ils sont d’abord porteurs de la bonne nouvelle ici et au monde.

Si vous n’êtes pas des apôtres, et cela est fort probable, vous êtes des disciples.

Vous avez une attente pour ce matin, pour demain et l’éternité.

Vous êtes comme les deux disciples de Jean le baptiste attirés par le Christ, comme eux vous le suivez et il vous demande

 « Que cherchez –vous ? »

Cette question, tous les maîtres religieux de n’importe quelle religion la posent aux nouveaux adeptes.

Il n’est en effet pas d’évolution possible dans l’existence sans une recherche  profonde de vérité, de clarté.

Nous sommes tous des chercheurs dans notre petit troupeau, tout comme les religieux de l’ordre des minimes qui s’imposaient une vie rigoureuse en ajoutant aux trois vœux franciscains de charité, obéissance et pauvreté, celui du jeûne perpétuel en s'interdisant de manger tout produit animalier, y compris lait et œufs.

Ils se sont contentés du petit peu matériel indispensable à la survie pour se consacrer à la quête de la lumière.

Il s’agit dans votre réponse à ce « que cherchez-vous ? » de bien comprendre que la réponse de Dieu à votre demande ne sera pas immédiate ni parfois perceptible à l’aune de notre finitude.

Regardez les douze qui, malgré 3 ans d’intimité journalière avec Jésus, ont si souvent fait preuve d’une compréhension imparfaite du message de leur maitre.

Pensez à Thomas incrédule jusqu’au bout !

Ils ont bien pourtant pris sur eux, ces 12 apôtres, le joug dont parle l’évangéliste Matthieu et se sont laissés instruire, ils ont constaté combien Jésus était doux et humble de cœur.

Ce joug a l’avantage d’être le plus souvent taillé pour deux bêtes, laissez moi penser qu’il y a une place pour moi dans l’attelage mais aussi une place pour Jésus.

L’attelage suivra la route, si je tire droit devant moi, sans vaciller à droite puis à gauche, je veux croire aussi que mes défaillances seront compensées par l’amour de Dieu pour sa créature, car là ou le péché abonde la grâce surabonde.

Voyez-vous la tentation diabolique est de croire que la compréhension du message christique est chose facile, que la société sécularisée est porteuse de ce message et qu’ainsi, se laisser enseigner par Jésus est superflu.

C’est négliger ce  cri incessant de Jésus dans les évangiles « changez radicalement ». La nouveauté ce sont ces outres neuves qui n’éclatent pas, grâce à leur conception accomplie, comme le font les plus anciennes sous la pression des gaz  produits par la fermentation du vin nouveau. Leur  racornissement  rend insupportable une telle pulsion .

Ne croyez- vous pas qu’il y a des choses à changer.

Par exemple abandonner nos sécurités rassurantes, éviter de borner nos attentions et actions à nos cercles de proximité, militer pour que la société abandonne ses pratiques protectrices et violentes et cesse de survaloriser la dimension matérielle par rapport à la dimension spirituelle.

Les disciples  apprirent par l’écoute et par leur questionnement, et Jésus répondit par des signes, des explications, des paraboles, des comportements et des actes.

C’était une méthode parfaitement didactique.

Jésus n’enseignait pas une dogmatique, il n’imposait pas une ascèse, il profitait de toutes les occasions pour induire un niveau de réflexion supérieur, un passage du matériel au spirituel.

Il tentait jusqu’à l’épuisement de persuader, d’induire un changement, de provoquer un déclic. C’est pourquoi on le voit s’endormir ivre de fatigue dans une barque ou à même la terre en haut d’une montagne où il s’était réfugié.

Les miracles qu’il n’aimait pas vraiment réaliser constituaient des signes illustrant le passage de la nuit à la lumière, les aveugles voyaient comme il l’annonçait à Jean le baptiste dans sa prison Matthieu 11- 5, je cite

« Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez : les aveugles retrouvent la vue et les boiteux marchent droit, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres »

Le  signe ultime est la mort sur une croix suivi de la résurrection, victoire ultime sur le mal absolu qu’est la mort.

Comme Jésus l’annonce en Jean 8-31

 « Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples, vous connaîtrez la vérité et la vérité fera de vous des hommes libres »

Comme chaque homme est une création unique, le chemin qu’il doit emprunter pour accéder à la vérité n’est pas identique aux parcours des autres.

Bien plus au cours des ans et des événements sa foi va se modifier.

C’est pourquoi Jésus ne demande pas au disciple de se tenir au respect de règles, mais de rechercher sans relâche à affiner son renversement personnel, lui permettant de passer de l’état d’homme imparfait dont le jugement et les comportements sont chaotiques, à celui d’homme de lumière.

C’est ce qu’exprime Paul en Ephésiens 4 versets 20 à 24, je cite

«  Conformément à la vérité qui est en Jésus, il vous faut renonçant à votre existence passée, vous dépouiller du vieil homme qui se corrompt sous l’effet des convoitises trompeuses ; il vous faut être renouvelés par la transformation spirituelle de votre intelligence et revêtir l’homme nouveau créé selon Dieu dans la justice et la sainteté qui viennent de la vérité »

Cette modification, ce changement radical n’est pas terminé le jour suivant la confirmation du baptême.

La foi  se construit au fil des expériences dans une relation constante entre Christ et nous, mais aussi dans un approfondissement sans relâche des textes  bibliques témoignages du discours de Jésus.

C’est pourquoi la faiblesse du nombre de présents aux cultes des églises réformées ou aux événements majeurs tels la venue de chrétiens éminents, est parfois inquiétante  

Que cherchez- vous ? Cette question me concerne et vous concerne.

Avez-vous arrêté un programme pour vous renouveler ?

Notre communauté locale, aussi imparfaite soit-elle, est celle de disciples  participant au corps de l’église en synergie avec le christ Jésus.

C’est en elle que vous arriverez à grandir et à avancer sur la voie.

Ainsi, comme l’affirme Jésus en Luc 6-40, vous ne serez pas au dessus du maître mais, en tant que disciple bien formé, vous serez comme le maître.

Pour finir, je choisis cette exhortation  aux premiers chrétiens, figurant dans l’épitre aux Ephésiens, propre à dynamiser les disciples de Jésus que nous sommes.

« Eveille toi, toi qui dors, lève toi d’entre les morts et sur toi le Christ resplendira ».

dimanche 3 juin 2012

prédication du 3 Juin 2012 à Aubagne




Prédication sur 1 Corinthiens 9 : 16-23



Dimanche dernier nous fêtions la venue de l’esprit sur les apôtres, les foules accourues alertées par un grand bruit entendirent ce jour de Pentecôte, ces hommes leur parler, chacun dans sa propre langue. Aujourd’hui je souhaite commenter un texte où, là, pareillement, il s’agit pour l’apôtre Paul de porter l’évangile à tous quelle que soit leur culture . Paul s’exclame « je me suis fait tout à tous, afin d’en sauver de toute manière quelques-uns » s’agit il pour Paul d’une stratégie démagogue ? Tente-t-il à la manière des publicitaires d’entrainer, par une technique sournoise et malgré elles, les personnes dans son idéologie? Cela, croyez moi, ne cadrerait vraiment pas avec la personnalité de l’apôtre Paul. « Je me suis fait tout à tous » est au contraire une manière ambitieuse et généreuse, au service de chaque personne, de la libérer et non de l’embrigader. « Je me suis fait tout à tous », la phrase recèle une révolution, un virage à 180° par rapport à ce qui se fait souvent. Cette révolution est un peu comme celle engendrée par Copernic. Ce savant, seul contre tous maintenait que le soleil ne tournait pas autour de la terre, que l’univers ne tournait pas autour de notre nombril, mais que la terre tournait autour de soleil ! Selon le sens commun, un apôtre comme n’importe quel idéologue, comme n’importe quel chef de parti politique ou comme n’importe quel bon commercial devrait dire : rejoignez-nous, car nous avons raison et tous les autres ont tort, notre produit est meilleur, je vais vous révéler la Vérité avec un grand V, celle de Dieu lui-même, attention, n’allez surtout pas chez le concurrent, il est dans l’erreur, c’est un faux prophète, il est dangereux. Selon le sens commun, un apôtre devrait dire : ne vous posez pas de questions sur ce que l’on vous dit de croire, faites ce qu’on vous dit de faire, pratiquez les rites et tout ira bien. Bref : rejoignez notre groupe et ne vous en écartez pas. Par rapport à ce sens commun, Paul propose une révolution de type copernicien. Il professe qu’un apôtre sort, va vers les personnes à l’extérieur de son cercle de connaissances. C’est lui qui s’adapte à elles, et il le fait, non pour les ramener à l’intérieur, mais pour les libérer. Paul se fait tout à tous, il se fait comme juif avec les juifs, il se fait religieux avec les pratiquants et libéral avec les libéraux, il se montre faible, il se reconnaît faible parmi les faibles plutôt que de faire le fort. Un fort pourtant prétend détenir la vérité et vise à nous l’apprendre, car il se prétend infaillible. Paul se fait tout à tous. Ce n'est pas du clientélisme mais une façon de rejoindre l'autre là où il est, en se faisant son esclave comme il est dit dans le texte du jour. Et ceci parce que Dieu le premier, en Christ, est venu nous rejoindre là où nous sommes et s'est fait lui-même notre esclave. Plutôt que d’inviter l’autre à devenir comme lui, l’apôtre Paul lui propose d’aller vers l’autre, de s’en approcher, d’essayer de le comprendre et de l’aider, non de le dominer et le juger. - Certaines personnes sont comme sous la Loi, très attachées à ce que les choses soient faites dans les règles et dans les temps. Avec ces personnes, nous dit Paul, je suis aussi sous la règle, pour les accompagner même si au fond, ces règles sont bien secondaires face à ce jaillissement de vie qu’est l’Évangile. - Certaines personnes aiment la variété et la créativité, ont un côté un peu artiste ou bohème ou bien s’aventurent dans une passion pour le bouddhisme et la culture papoue. Si on aime quelqu’un, nous l’accepterons comme il est, nous l’accompagnerons dans cette façon d’être, même si, nous dit Paul, avec le Christ nous sommes dans la liberté. Paul, sagement, marque toutefois des limites notamment en Corinthiens 10 : 23-24: « tout est permis mais tout n’est pas utile : tout est permis mais tout n’est pas constructif. Que personne ne cherche son propre intérêt mais celui de l’autre » Certaines personnes ont un tempérament pessimiste, nous pouvons faire l’effort de reconnaître avec elles le côté tragique de l’aventure humaine en ce monde, même si dans l’Évangile du Christ il y a une espérance qui transcende toutes ces choses. Telle personne a un tempérament optimiste nous pouvons l’accompagner dans cette joie. Certains autres ont besoin que l’on prenne du temps pour elles, nous prendrons du temps. D’autres ont besoin simplement d’un geste, nous en ferons deux. Certaines personnes ont un tempérament mystique, nous prieront avec elles, certaines personnes veulent aller au fond des choses, nous ferons de la théologie et de la philosophie avec elles, d’autres ont soif de solidarités humaines nous ferons du social avec elles. Certains sont souffrants, et ont perdu leur joie de vivre, leur caractère s’est altéré, nous ne porterons pas de jugement, mais ferons preuve de compassion. Nous nous ferons tout à tous, nous dit Paul. Nous rejoindrons l’autre là où il est, nous nous ferons son serviteur et non son maître. Bien entendu, il ne s’agit pas de se compromettre. Il ne s’agit quand même pas d’être voleur avec le voleur et pédophile avec le pédophile. Il est question d’aller vers l’autre, de le rejoindre dans sa culture, son rythme et sa façon d’être, ses besoins et ses souffrances, il s’agit de l’accompagner. C’est Dieu que l’on suit, pas l’homme. Dire l’Évangile, ce n’est pas seulement dire à l’autre que Dieu nous accepte et nous aime tel que nous sommes aujourd’hui, mais c’est aussi lui dire que Dieu nous appelle à aller de l’avant, qu’il nous appelle et nous aide à sortir de nos enfermements d’aujourd’hui. Dieu pour nous accompagner dans ce changement radical se fait notre serviteur. Plutôt que de chercher à modeler les personnes à notre image, il s’agit de les libérer pour qu’ils se construisent à l’imitation de Christ. Cette méthode Paulinienne est un des enseignements fondamentaux de l’Évangile, et devrait caractériser toute Église se disant chrétienne ! « Évangile », c’est un mot grec « eu-aggelion » qui signifie « Bonne Nouvelle », mais si ce mot n’est en général pas traduit dans la Bible, c’est que ce mot grec désigne plus que les bonnes paroles que Jésus de Nazareth a prononcées. L’Évangile se décline effectivement sous forme de paroles vraies, intelligentes, sages et fortes. Mais l’Évangile c’est plus que cela, c’est avant tout une vie, l’Évangile c’est le Christ, comme le dit Paul ici, l’évangile conduit à se décentrer de soi-même pour aller vers l’autre, le faire par plaisir, gratuitement, par intérêt pour l’autre, dans l’espérance qu’il sera gagné, qu’il sera sauvé. Il faut s’entendre sur ces termes. Gagner une personne au sens de l’Évangile ce n’est pas arriver à la compter comme membre de notre église et la faire cotiser chez nous (ce qui est pourtant une bonne chose). Mais gagner une personne, c’est la tirer de l’enfermement sur elle même de telle sorte qu’elle se sente envoyée vers les autres, comme Paul, (en grec, on dit apôtre). Qu’elle se sente l’envie et la force d’évoluer, qu’elle puisse déjà se mettre en route librement, selon sa personnalité. Sauver une personne ce n’est pas l’enchaîner dans une communauté étroite, ce n’est pas l’obliger à adopter des convictions, un rythme et des pratiques. D’ailleurs c’est le sens même du mot « Église », ekklesia en grec, vient de ex (hors de) et kaleo (appeler), ekklesia signifie littéralement « être appelé hors de (chez-soi) », mis en chemin, comme Abraham, le nomade. Fondamentalement, l’Église ne devrait pas professer le seul rassemblement, elle devrait prioritairement appeler ses membres à aller vers le large, l’extérieur. Elle devrait envoyer en mission. Le culte ne vise pas à inculquer ce que l’on doit absolument penser pour être dans la Vérité, mais plutôt à faire résonner cet appel et ce goût d’évoluer, de penser par soi-même, sous le souffle de l’Esprit de Dieu. Le sens même du culte est de pousser les fidèles à se sentir appelé à sortir. L’église proclame la bonne nouvelle d’un Dieu sur lequel chacun peut compter pour l’aider à modifier les habitudes et certitudes sclérosantes. La Bonne Nouvelle, celle d’un Dieu bienveillant, nous donne le courage de quitter la coquille protectrice que nous avons élaboré au fil du temps pour nous confronter à de nouvelles façons de penser, pour aller vers de nouvelles personnes non pour les saisir mais pour les servir. L’Église fait des apôtres. Une secte, par contre, fait des prosélytes. Littéralement, un prosélyte c’est une personne qui vient de l’extérieur et qui s’installe à l’intérieur. Une secte cherche à faire entrer des gens dans la communauté pour qu’ils servent la communauté. Pour faire entrer les gens, le monde extérieur est présenté comme terrible et entièrement négatif, et l’intérieur est alors présenté comme le lieu de la vie, l’enseignement est baptisé du nom de Vérité, et de clé du salut éternel... Et ainsi, les gens restent bien à l’intérieur de la communauté et du dedans on crie pour que d’autres entrent à leur tour. Les opinions personnelles sont suspectes, se faire « tout à tous » est alors une désertion... Jésus a sans cesse été critiqué pour cela : il fréquentait les gens de mauvaise vie, il ne respectait pas les commandements, il allait vers des étrangers et parlait avec des Samaritains, il osait même critiquer ceux qui faisaient des prosélytes (Mat. 23 :15) « vous courez la mer et la terre pour faire un prosélyte, et, quand il l’est devenu, vous en faites un fils de la géhenne deux fois pire que vous »... Jésus, lui, appelle des personnes mais pour les libérer. Il les nomme apôtres, il leur donne la force et l’envie de sortir, de penser par elles-mêmes, de risquer des rencontres. Après un temps de ressourcement auprès des frères et sœurs de l’Eglise, ils repartent. Il y a des fidèles qui servent l’église en donnant du temps, de l’argent, allant vers les autres et recevant des autres... Mais c’est librement, de bon gré, on peut aussi s’engager au service des autres ailleurs et autrement. Comme le dit l'apôtre Paul dans la lettre aux Corinthiens, participer à l’annonce de l'Évangile est une gourmandise, c’est une joie de se faire « tout à tous » dans l'espérance qu'une ou deux personnes puissent recevoir l'Évangile du Christ et en vivre. Il y a déjà une joie et un enrichissement à découvrir la façon d’être d’une personne et de l’accompagner. Essayer, après l’avoir ainsi un peu découverte et aimée telle qu’elle est, de lui faire partager l’appel et la promesse que Dieu adresse à chacun en Christ, c’est comme un cadeau que l’on offre. Comment le transmettre ? Il y a là, peut-être, une difficulté : nous avons reçu quelque chose d'extraordinaire par la présence de Dieu en Christ, et cela peut nous donner envie d'être devant l'autre un je-connais-mieux-que-toi-le-sens-de-ta-vie-et-je-vais-te-l'apprendre ! C'est vrai que nous désirons lui apporter quelque chose. Mais ce que nous offrons n'est, ni une leçon de théologie, ni de morale, mais un appel de Dieu. Ce que nous offrons c’est un Dieu libérateur proposant un changement de regard sur le monde et les autres. A chacun, dans son propre rapport avec Dieu, de construire son cheminement, voire de rejeter l’Eglise. « Se faire tout à tous », c’est ainsi un projet ambitieux et généreux, celui d'offrir tout l'Évangile à tous, tout l'Évangile à toute personne, sans discrimination. Chacun a le droit de se voir offrir tout l'Évangile, et pas seulement un petit bout d'Évangile simplifié ou limité à une petite morale bien raisonnable. Toute personne est digne d’être apôtre, carrément, digne de réfléchir sur ce qu’elle croit, de prier à sa façon, de voir avec Dieu comment avancer et vers qui aller. A l’unisson avec Paul nous pouvons dès lors dire en tant qu’apôtre « Et tout cela je le fais à cause de la bonne nouvelle, afin d’y avoir part ». Amen